Dragon Age Inquisition : codex Récits (suite)

Dragon Age Inquisition codex Récits

Les histoires et les chansons sont des fenêtres ouvertes sur l'esprit du peuple.



Le Roi des cochards

Vive le Roi cochard.
Il a grand-faim de fromage.
Vieilli si possible.

- Extrait de Chansons pour cochards du Haut Ebryan, 5:84 des Exaltés.
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Parmi les amateurs de cochards, un débat fait rage : le Roi des chansons du Haut Ebryan était-il vraiment un monarque, ou seulement un spécimen particulièrement admirable ? Chaque année, des érudits, des bardes et des amoureux des rongeurs apportent du fromage en offrande dans les Tréfonds dans l'espoir d'apercevoir le Roi des cochards, qui ne s'est pas montré jusqu'ici.

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Le conte d'Hryngnar, le troll de glace

Tremblez devant le troll de glace Hryngnar, que vos yeux se gardent de susciter son courroux,
Incapable de rêver, comme les nains en dessous de nous, pour lui barrer la route, il faudrait être fou.
Les armes en larmes, les guerriers Alvars voulurent graver leur marque de légende et devenir célèbres,
La chance leur échappa, mais la Dame des cieux les recueillit lorsqu'ils tombèrent dans les ténèbres,
Décimés par la rage glacée d'Hryngnar.

Les géants vinrent à la nage, pour chasser et tourmenter
Les Alvars qui craignaient leurs formes sur la rive et fuirent à leur arrivée.
Hryngnar, le troll des glaces, voyant ses frères, fit appel aux vents de l'hiver,
La peur cessa quand les géants givrés, subissant les vents glacés, s'immobilisèrent,
Incapables de menacer les foyers Alvars.

Les guerriers de Tévinter arrivèrent, leur armure éclatante, leur bouclier d'or,
Ils volèrent la terre des Alvars, les murs gravés, pour en faire leur fort.
La rage d'Hryngnar, le troll de glace, sur les guerriers bas-terriens s'abattit,
Il invoqua sa force de glacier et la muraille Tévintide se fendit,
C'est ainsi qu'il la reprit aux bas-terriens fuyards.

Échappez au regard d'Hryngnar, le géant à la force de glacier,
Seuls les imbéciles veulent affronter l'hiver, la tempête gelée.
Incapable de rêver, comme les nains en dessous de nous, le courroux givré et la mort hivernale,
Les lames s'émoussent et se brisent sur la peau de celui qui gèle tout de son souffle fatal,
Le maître de l'hiver, le troll de glace Hryngnar.

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Le jardin de Fort Céleste

Là où s'éveille le doux parfum du brin nouveau aux mille fleurs,
C'est dans la vigne où toi et moi, fûmes bénis par un dur labeur.
Braves dans la vie comme à la guerre, nous pûmes bientôt crier victoire,
Et dans la vigne, toi et moi fûmes honorés par tant d'histoire.

Á l'abri ou bien au combat, nous ne viendrons pas à manquer,
Si dans la vigne, toi et moi, nous sommes contraints et obligés,
Car nous ne nous replions pas, nous regagnons le doux foyer,
Et dans la vigne, toi et moi, écoutons nos coeurs supplier.

Il est des grâces qui n'ont de prix, et parmi elles l'amour est un,
Dans cette vigne où toi et moi sommes libérés de tout chagrin,
Sans coût, sans prix, pas sans valeur, nous ouvrons grand nos mains, nos coeurs,
Et dans la vigne, toi et moi et... les tomatotl de notre jardin.

- Extrait du recueil Les joies du jardin : Chansons des champs compilé par Maryden Halewell.


Ô Créateur, entends mon appel.
Guide-moi à travers la nuit noire.
Protège-moi des tentations funestes.
Offre-moi la chaleur d'un foyer où me reposer.

Ô Créateur ! Je m'agenouille devant Toi,
Car je n'arpente que les sentiers que Tu tiens en Ta sainte garde,
Je n'approche que des lieux que Tu as bien voulu bénir,
Je ne chante rien d'autre que les paroles que Tu me souffles.

Mon Créateur, regarde dans mon coeur.
Et arrache-moi à cette vie de tristesse.
Sauve-moi de ce monde de souffrances.
Juge-moi digne de Ton infime vertu.

Mon Créateur, juge-moi sans détour.
Accueille-moi dans Ta grâce.
Accorde-moi Ta flamme purificatrice.
Réponds favorablement à mes cantiques.

Ô Créateur, entends mon appel.
Garde-moi à Tes côtés dans la mort.
Accueille-moi dans Ta gloire.
Et montre à nouveau au monde Ta faveur.

Car Tu es la flamme au coeur de l'univers.
Et il n'y a que Toi pour apporter la paix.

- Psaume des transfigurations, 12:1-6

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Le jugement de Mythal

Lorsqu'un peuple causait du tort à un autre, on n'en appelait pas à Elgar'nan pour obtenir réparation, car sa fureur aurait tout détruit. Quand Mythal remarqua les querelles que cela provoquait au sein du peuple, elle alla voir Elgar'nan et lui proposa de rendre elle-même la justice lors des guerres. Voyant sa sagesse, Elgar'nan accéda à sa requête et commanda à tous de se plier aux verdicts de Mythal.

Ceux qui accusaient des innocents par jalousie et en appelaient à Mythal pour obtenir réparation étaient démasqués et punis. D'autres au coeur faible qui dénonçaient des affronts imaginaires étaient frappés de sa colère. Ceux qui venaient à elle avec l'esprit clair et le coeur ouvert se voyaient accorder jugement et protection, et Mythal tourmentaient leurs ennemis jusqu'à la fin de leurs jours.

- Histoire de la déesse elfique Mythal, auteur inconnu

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Le mabari d'Andrasté

Le vieux mabari d'Andrasté
Apparaît pas dans le Cantique.
Et si vous demandez aux bonnes soeurs,
Elles vous diront que c'est des bobards,
Qu'Andrasté a pas eu de clébard.
Mais tout Férelden le sait bien :
Notre Dame avait besoin de quelqu'un
La nuit pour lui réchauffer les pieds.

Et voici la mabari d'Andrasté
Aux côtés de la Prophétesse.
Dans le combat contre Tévinter,
Le chien restait près de sa maîtresse.
Paraît que le Créateur l'avait envoyé,
Toujours loyal, pas fanfaron,
Pour être le fidèle compagnon
De sa sainte épouse bien-aimée.

Oh, ce chien protège Andrasté
Sans peur et sans orgueil,
Et ne demande à sa maîtresse
Qu'une gratouille derrière l'oreille.
C'est alors que le vieux Maférath complote,
Attire le chien pour l'éloigner.
Mais même lorsqu'ils piègent la Prophétesse,
Son mabari s'éloigne jamais.

Et voilà le mabari d'Andrasté
Aux côtés de la Prophétesse.
Dans le combat contre Tévinter,
Le chien restait près de sa maîtresse.
Paraît que le Créateur l'avait envoyé,
Toujours loyal, pas fanfaron,
Pour être le fidèle compagnon
Da sa sainte épouse bien-aimée.

Oh ils l'ont cru mort de ses blessures,
Mais il boita jusqu'au bûcher.
Et Hessarian versa une larme,
Quand le chien rejoignit sa protégée.

Et voilà le mabari d'Andrasté
Aux côtés de la Prophétesse.
Dans le combat contre Tévinter,
Le chien restait près de sa maîtresse.
Paraît que le Créateur l'avait envoyé,
Toujours loyal, pas fanfaron,
Pour être le fidèle compagnon
Da sa sainte épouse bien-aimée.

Oui ce mabari est le compagnon
De la sainte épouse du Créateur.

- Chant de taverne populaire à Férelden, quoiqu'historiquement improbable

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Le marché de Sombrerue

Demandez aux nobles d'Orzammar comment leur royaume obtient de la soie, des céréales et du vin de la surface et ils vous répondront "Il existe des liens commerciaux avec la surface". Ils existent, comme s'ils se faisaient d'eux-mêmes, sans l'implication du moindre négociant, marchant ou fermier humain. Un petit miracle d'ingéniosité naine.

Mais la réalité est bien plus compliquée que ce qu'ils s'imaginent.

Orzammar compte sur la surface non seulement pour sa prospérité, mais pour sa survie. Des ères d'Enclins ont enlevé des milliers de Thaigs des mains des nains. C'était là qu'ils trouvaient la majorité de leur nourriture. Le royaume nain qui perdurait seul, autonome depuis des temps immémoriaux sous la Pierre, périt pendant le premier Enclin et devint un mythe. Désormais, les nains qui demeurent sous la terre s'accrochent à l'existence grâce à une planche de salut posée entre eux et la surface, une chaîne forgée par les parias.

Tout nain qui se rend à la surface devient instantanément paria, entre en exil et est exclu de la société naine pour toujours. Mais la survie d'Orzammar repose sur la perpétuation de ces relations avec ces exilés. Cela crée une zone d'ombre de commerce et de politique nains, dans laquelle les riches, les puissants et l'élite maintiennent des liens secrets avec des gens qui, par décret officiel, n'ont plus d'existence. Et on sait tous quel genre de choses se tapissent dans l'ombre.

Le Carta vit dans la face cachée du commerce avec la surface, comme un ténia. De nombreux surfaciens gardent des liens, non reconnus officiellement, bien sûr, mais néanmoins respectables, avec leur ancienne maison de la caste noble ou marchande, et ces contacts constituent leurs points d'échange avec Orzammar. Ceux qui n'ont aucun lien, car ils ont été rejetés par leur famille ou qu'ils ne connaissent pas les bonnes personnes, retournent dans le monde souterrain pour négocier directement avec Orzammar, où ils se voient considérés comme des criminels. Dans cette cité, un paria de la surface, aussi riche soit-il, sera repoussé par la plupart des marchands et traité, au mieux, comme un pestiféré. Ces marchands surfaciens se tournent alors vers le Carta pour obtenir de l'aide. Ce dernier joue le rôle de contact à Orzammar pour les échanges commerciaux avec la surface, et vend les biens au marché noir. En prenant sa part, bien sûr. La Carta obtient toujours sa part.

Il arrive que les citoyens outrés d'Orzammar adressent une pétition à l'Assemblée pour qu'elle s'occupe du crime endémique qui entoure le marché noir, et sont alors organisées des actions tape-à-l'oeil consistant à enfoncer les portes des cachettes du Carta et à raser les Taudis. Mais le Carta revient toujours, car l'Assemblée le lui permet toujours. Trop de citoyens d'Orzammar dépendent du marché noir, et les nobles le savent bien. Ils font tous des affaires avec le Carta. Tout le monde compte sur sa réussite. Le Carta a des milliers de visages, au-dessus et en dessous de la surface : des marchands honnêtes, des Seigneurs de la caste noble et des membres intègres de la Guilde Marchande, tous sont des couvertures pour des milliers d'autres contrebandiers, voleurs et assassins des ombres. La planche de salut d'Orzammar. Que les ancêtres soient loués.

- Extrait de Le marché de Sombrerue par Varric Tethras.

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Le messager d'Andruil

Il y a bien longtemps, quand notre peuple était fort et libre, nous parcourions le monde selon notre bon vouloir. Mais Andruil, Mère des lièvres, nous a appris à respecter la nature et toutes les oeuvres des Faiseurs. Les contrées avaient beau nous appartenir, nous n'en faisions pas mauvais usage. On raconte que les grands dirigeants du peuple priaient Andruil pour qu'elle nous guide. Où chasser ? Où établir notre élevage de hahl ? Où bâtir une nouvelle colonie ? Andruil dépêchait son messager, le hibou, pour montrer le chemin au peuple, et le peuple le suivait jusqu'aux terres bénies.

Restez toujours à l'affût du noble hibou. Qui sait : Andruil a peut-être un message pour vous !

- D'après les récits de l'Archiviste Gisharel racontés aux enfants du clan Ralafeïrin.

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Le psaume de l'âme

Un voyageur demanda à l'ashkaari : "Qu'avez-vous vu de notre but ?"

Le grand ashkaari répondit : "Je vais te raconter une histoire".

Une grande statue de granit s'élève sur une île et repousse la mer.
Les cieux couronnent son front et son regard porte jusqu'au bord du monde.
A chaque marée, la mer noie ses pieds.
Au-dessus de sa tête, les cieux passent de la lumière aux ténèbres. La marée enfle pour
dévorer la terre, avant de reculer.
Le soleil et les étoiles tombent dans la mer, tour à tour, avant de se lever à nouveau.
La marée monte, la marée descend, mais la mer ne change pas.
La lutte est une illusion. Il n'y a pas d'ennemi à combattre.
La tromperie coule de plus en plus profondément. La statue résiste au flux et au reflux de la mer,
Et chaque vague l'érode un peu.
Elle proteste contre le soleil qui vient, et son visage est brûlé de trop le regarder. Elle n'a pas conscience d'elle-même.
Elle résiste obstinément à la sagesse et se retrouve transformée.
Si tu aimes avoir un but, laisse-toi tomber dans la marée. Laisse-la te porter.
N'aie pas peur des ténèbres. Le soleil et les étoiles reviendront te guider.
Tu as vu les plus grands rois construire des monuments à leur gloire
Tout ça pour qu'ils tombent en ruines et s'effacent.
A quel point le monde est-il plus grand que leur gloire ?
Le but du monde se renouvelle chaque saison. Chaque changement ne marque
Qu'une partie du grand tout.
La mer et le ciel eux-mêmes
N'ont rien de spécial. Ce ne sont que des fragments.

- Les écrits de Koslun, le psaume de l'âme.

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Le puits

A une époque dont seule la Pierre se souvient, un roi âgé et sage régnait sur un Thaig dans les cavernes les plus profondes. La Pierre avait été généreuse avec ce Thaig : le lyrium coulait à flots, l'or et les pierres précieuses poussaient des parois comme des champignons, et le peuple ne manquait de rien.

Un jour, le roi retourna à la Pierre, laissant ses deux fils se disputer le trône. Il n'en avait choisi aucun comme héritier, aussi s'efforcèrent-ils tous deux de prouver à l'Assemblée de leur père qu'ils méritaient d'être roi.

Le premier fils voyagea aux quatre coins des Tréfonds pour conclure des alliances avec les autres Thaigs, et rentra chez lui avec des promesses de bonne volonté et d'amitié de royaumes lointains. Mais des promesses ne suffirent pas à impressionner l'Assemblée, qui refusa de le nommer roi.

Alors le deuxième fils creusa le sol, à la recherche de richesse. La moindre miette de lyrium, la plus petite pépite d'or : tout ce qu'il trouva, il en fit don au Thaig. Mais ces trésors ne suffirent pas à impressionner l'Assemblée, habituée à l'opulence. Alors le deuxième fils creusa toujours plus profondément dans la Pierre, si profondément qu'il parvint de l'autre côté et découvrit le ciel. Et il en prit possession au nom de son Thaig, et l'Assemblée le nomma roi.

Mais l'Assemblée voulait qu'il rapporte son trésor au Thaig. Le jeune roi descendit dans sa mine sans fond jusqu'à atteindre le ciel, mais il eut beau essayer, il ne put tirer le ciel derrière lui, ni le tailler en pièces avec sa pioche. Le nouveau roi creusa la terre encore et encore, afin de créer un chemin jusqu'au ciel. Mais il finit par enlever tellement de terre sous son Thaig que tout le royaume se décrocha et tomba dans le puits si profond, jusqu'à tomber dans le ciel.

Nul n'a jamais revu le roi, l'Assemblée ni le Thaig.

- "Le Roi conquérant du ciel", tiré de Chansons pour cochards du Haut Ebryan.

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Le résultat de la discipline

Nous sommes d'abord arrivés par la mer. Les cuirassés se sont emparés de Par Vollen en un seul coup. Nous avons marché au pas sur la terre appelée Séhéron, puis sur Riveïn et sur l'Empire Tévintide. Notre viddathari nous a dit que la capitale Tévintide, Minrathie, était imprenable, et même si elle n'est pas tombée, ses murs se sont fissurés sous l'acier et le feu de baqoun. Tévinter a vu le résultat de la discipline.

Les skarn nous ont appelés des conquérants, alors qu'on leur apportait un but. Quand nous autres tamassrans enseignons la lecture à un enfant, ou quand la nature sauvage est rendue fertile, peut-on appeler cela une conquête ?

Sans la certitude du Qun, il ne peut y avoir de raison. Les skarn ont envoyé trois fois des représailles contre nos forces, les repoussant en Antiva et à Riveïn. Ce sont les kabethari, encore en voie d'adaptation au Qun, qui ont souffert le plus, ceux-là même que les skarn voulaient "libérer". La terre a brûlé, alors que les skarn nous traitaient de sauvages.

Il fallait apporter une autre réponse à une telle folie et une telle hypocrisie. Nous avons signé les traités des skarn pour les faire taire, et nous sommes partis.

Nous reviendrons. La patience est signe de maitrise de soi. Pendant que les skarn se chamaillent entre eux, nous nous préparons. Qu'est-ce que le temps, par rapport aux exigences du Qun ?

- Notes d'enseignement d'une tamassran, récupérées et traduites.

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Le temple perdu de Dirthamen

Rares sommes nous qui murmurons dans l'ombre.
Quelques paroles restent tues.
Des vérités sont enfouies,
Là où nul ne les retrouvera jamais.

Le Très-Haut nous apporte une tragique nouvelle :
"Dirthamen n'est plus".
Qu'allons-nous faire ? Où pouvons-nous aller ?
Qu'adviendra-t-il des vieux secrets qui brûlent dans nos coeurs ?

Ils viendront nous chercher la nuit,
Pour voler les mots de notre bouche.
Et notre dieu ne prendra pas notre défense.
Alors nous griffons les murs,
Et nous prions pour un matin qui ne viendra jamais.

Notre très-Haut nous trompe.
Les mots doux qui sortent de sa bouche
Cachent un désespoir bien familier.
Nous, les disciples de Dirthamen, connaissons la vérité.

Le Très-Haut promet la sécurité.
Je protégerai nos secrets ancestraux, prétend-il,
Tous les fruits de Dirthamen seront préservés.
Mais c'est notre sang qu'il recherche,
Un sacrifice sombre et impie,
Une prison du mal où nous retenir loin de tout.

Il n'en est pas question, pas question !
Ces secrets hantent nos oreilles, mais ils sont à nous.
Le Très-Haut ne saura nous les enlever.
Seul Dirthamen, noter gardien, a ce pouvoir,
Et s'il souhaite nous les laisser,
Ils seront nôtres pour l'éternité.

Un esprit qui ne peut penser,
Une langue qui ne peut parler,
Des mains qui ne peuvent toucher,
Des oreilles qui ne peuvent entendre,
Des yeux qui ne peuvent voir,
Et le sort du Très-Haut est ainsi scellé.
Puisse-t-il nous rejoindre dans notre silence.

Par son coeur, par son coeur,
Le sort du Très-Haut est scellé.
Nous garderons son secret,
Nous veillerons à sa place.
Sa peur n'aura pas raison de nous.
Nul ne viendra, cher maître.
Dans notre éternité, seules règnent les ténèbres.

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Les Corbeaux et la reine Madrigal

Le premier Corbeau resta muet comme une tombe, même lorsqu'on mit des charbons ardents sur la plante de ses pieds et qu'on éplucha la peau de son visage et de ses mains avec un économe. Il préféra se mâcher la langue et mourir étouffé par son propre sang.

Le deuxième prisonnier répéta ce que nous savions déjà : la reine Madrigal était partie chasser et n'était pas revenue pour participer aux festivités du soir. Son corps fut retrouvé plus tard, quatre épées d'acier plantées dans la poitrine. Je lui ai demandé ce qu'il savait du fait que l'une des quatre lames était la réplique de l'épée de miséricorde d'Hessarian. Il n'en avait pas entendu parler, ou du moins, c'est ce qu'il prétendit. Il mourut plus tard sous la torture, le sourire aux lèvres.

Le troisième Corbeau avait dû se rendre compte qu'il ne quitterait pas le donjon vivant. Il semblait espérer qu'en mettant maître Fiore en colère, il réussirait à obtenir une mort rapide. Le Corbeau mit notre patience à l'épreuve en faisant des commentaires lapidaires pendant que maître Fiore essayait de travailler. A un moment, il fit une remarque sur la mère de Fiore, que je ne répéterai pas ici. Je reconnais que j'ai ressenti une certaine admiration devant sa capacité à maintenir un langage cohérent, et même quelque vivacité d'esprit sous une contrainte extrême.
Dans tout ce bavardage inutile, ce troisième Corbeau mentionna cependant un point important. Sa guilde a une réputation à maintenir. Elle est impitoyable, efficace et discrète. Comment pourrait-elle maintenir une telle notoriété si ses agents avaient coutume de révéler les noms de leurs employeurs par des moyens aussi "banals" que la torture ?

Cela me donna à réfléchir. Je demandai de faire une pause dans la session. Après y avoir pensé encore un peu, je poignardai l'homme dans le coeur et libérai le quatrième et le cinquième Corbeaux. Si une confession devait leur être soutirée, elle ne le serait pas par la douleur. Je recommande d'abandonner cette méthode.

- Rapport du capitaine Aristide, chargé d'enquêter sur l'assassinat de la reine Madrigal d'Antiva.

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Les Filles du Chant

Le vin. La musique. La poésie. L'assouvissement gratuit et frénétique des penchants charnels. Telles sont les caractéristiques du culte hédoniste appelé les Filles du Chant. Considérer ces individus comme un ordre de fidèles leur donnerait une légitimité qu'ils ne méritent pas. Les filles (et fils, bien qu'ils se voyaient également comme des "filles") célébraient l'union sacrée d'Andrasté et du Créateur de toutes les façons imaginables. Et c'était uniquement "l'union sacrée" qu'elles vénéraient. La vie d'Andrasté, sa guerre, ses enseignements et son sacrifice étaient allégrement passés sous silence.

A leur apogée, les Filles du Chant se comptaient par milliers. Elles avaient un bastion dans le village de Virelay, dans les champs de Ghislain ; une fois par an, elles défilaient sur la place avec des gravures de la "gloire du Créateur".

Les Filles du Chant furent anéanties par les forces de l'Empereur Drakan au court de sa compagne d'unification d'Orlaïs. Alors que les troupes impériales mettaient le village à sac, les Filles refusèrent de prendre les armes et furent toutes tuées ou capturées. Le village fut détruit, et le culte ne reprit jamais.

- Extrait d'Avant l'andrastianisme : les fois oubliées de soeur Rondwyn de Tanterval.

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Les Gardiens des chevaliers

Le voyageur qui traverse les Tombes Émeraude en Dalatie observera des dizaines de loups sculptés dans la pierre. Les Dalatiens les appellent les Gardiens des chevaliers. A l'époque elfique d'Halamshiral, des loups apprivoisés suivaient fidèlement les Chevaliers d'Émeraude et ne quittaient jamais leur maître désigné. Loups et elfes combattaient ensemble, mangeaient ensemble, et quand les chevaliers dormaient, les animaux veillaient sur eux. Ces statues ont été érigées en mémoire de leur lien indestructible.

- Extrait de A la poursuite du savoir : pérégrinations d'un érudit chantriste de frère Génitivi.

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Les Lames d'Hessarian

"Le corps peut mourir, mais l'âme est éternelle. La forme humaine d'Andrasté fut passée au fil de l'épée et brûlée, mais le feu ne fit que la purifier et la rendre immortelle. Elle fut appelée auprès du Créateur, mais vit clairement que son oeuvre n'était pas encore terminée. Elle se rendit aux côtés de Maférath, à la recherche d'un exécuteur de sa volonté, mais vit que celui-ci n'était pas encore prêt à se donner. Elle se rendit donc auprès de Tréfir, un modeste esclave Alamarri au service de l'Archonte, et lui donna la grande épée de miséricorde qui avait mis fin à sa vie mortelle. Elle lui dit : "Prends cette épée, et grâce à elle, apporte mon jugement au monde"." Tréfir prit donc l'épée et devint l'instrument de la justice d'Andrasté".

- Un membre des Lames d'Hessarian, racontant la fondation de l'Ordre

Les Lames d'Hessarian sont une société secrète ancienne dont les membres se croient au service d'Andrasté et choisis pour apporter son jugement sur les faibles et les corrompus. D'après leurs récits, l'Ordre fut fondé par l'esclave Tévintide Tréfir, qui regagna les terres des Alamarri avec l'épée de miséricorde. Depuis, les Lames ont toujours suivi le porteur de l'épée avec une loyauté sans faille, puisqu'il était considéré comme un élu d'Andrasté.

Les érudits de la Chantrie ont déterminé que le récit de Tréfir ci-dessus n'est que pure invention. Si tant est que Tréfir ait réellement existé, il a probablement volé l'épée de miséricorde à son maître, Hessarian, avant de s'enfuir vers ce que l'on appelle aujourd'hui Férelden. Selon certaines interprétations encore moins indigentes, Tréfir aurait simplement fait passer se propre épée pour l'épée de miséricorde afin d'obtenir pouvoir et influence.

On a vu un membre des Lames d'Hessarian pour la dernière fois en 8:12 des Exaltés.

- Extrait d'Avant l'andrastianisme : les fois oubliées de soeur Rondwyn de Tanterval.

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Les Pommes de la vie et de la mort

On dit que les pommes qui poussent près du café changent de goût selon que l'on s'approche ou que l'on s'éloigne de la potence. Cela n'a rien de surprenant : tous les goûts sont sujets aux caprices du coeur, et aucun repas n'est savoureux s'il est trempé de larmes. Mais osez tout de même, car nul ne connaît aussi bien le goût de la joie que nous autres audacieux.

On dit que les pommes qui poussent près de la potence ont un goût amer pour les amants trompeurs. D'autres disent toutefois qu'un fruit à peine mûr ne devrait pas être le seul indicateur de fidélité qui soit. Ces derniers sont souvent ceux qui se retrouvent seuls le soir à errer dans les allées du bazar d'été.

- Extrait de Notre coeur Orlésien de (anciennement) soeur Laudine.

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Les Vides

Les Vides étaient un petit culte dont l'existence fut brève. Basés dans le Névarra, ils vénéraient l'Enclin et, par extension, les engeances. Certains les confondent avec les adeptes des anciens dieux Tévintides ; une erreur bien compréhensible, puisque l'on dit que les Archidémons sont d'anciens dieux corrompus. Cependant, les histoires indiquent clairement que les Vides ne vénéraient pas Dumat et ses pairs, mais bien l'Enclin lui-même.

Suite à la mort d'Andrasté, bon nombre de ses adeptes sombrèrent dans un profond désespoir. Ils croyaient que la trahison et l'exécution de la prophétesse marquaient les prémices de la fin du monde, et que le courroux du Créateur ne tarderait pas à s'abattre sur eux. Les plus fatalistes d'entre eux se rassemblèrent pour se préparer à leur sort. Ils prirent le nom de Vides, car ils se voyaient comme des enveloppes sans valeur, prêtes à être balayées par la main du Créateur.

Nul ne sait ce qu'il se passa ensuite, mais au fil du temps, les Vides en vinrent à croire que l'Enclin devait être l'outil grâce auquel le Créateur mettrait fin à toute la création. Ils prêchaient qu'il venait du néant, un lieu vide de tout, et que le retour au néant devait être source de joie, car il signifiait la fin de toute souffrance.

Certains en déduisent à tort que les Vides vénéraient le mal, mais c'est une simplification hâtive. Les Vides croyaient que le monde était au-delà de toute rédemption, et que la volonté du Créateur était qu'il soit entièrement détruit. On raconte que les Vides fouillaient les Tréfonds à la recherche d'engeances, qu'ils voyaient comme les prophètes de l'Enclin, afin de les aider à déclencher le prochain Enclin.

Comme il fallait s'y attendre, le début du deuxième Enclin sonna le glas des Vides. Tout le culte se rendit dans les Anderfels et se plaça sur la trajectoire de l'invasion des engeances, en chantant les louanges de la fin qu'ils allaient connaître ; tous furent consumés.

- Extrait d'Avant l'andrastianisme : les fois oubliées de soeur Rondwyn de Tanterval.

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Les astrariums

Pour répondre à votre question sur ces "astrariums", nous pensons qu'il s'agit de reliques d'une secte ayant existé à l'ère pré-andrastienne de l'Empire Tévintide. Qu'est-ce qui pourrait être considéré comme une secte dans une société qui vénérait les anciens dieux, me demanderez-vous ? Un ordre de Magisters qui souhaitait la destruction du Magisterium, la chambre responsable de déterminer si un mage devait être nommé Magister ou non. Les membres de cet ordre aspiraient au retour d'un passé où les rêveurs avaient le pouvoir, et certaines preuves indiquent qu'ils opéraient dans tout Tévinter, mais surtout dans les régions frontalières. C'est là qu'ils cachaient tous leurs secrets, leurs trésors et peut-être même leurs lieux de réunion clandestins, bien que nous ne puissions être totalement certains de leur existence. Pour les découvrir, il fallait posséder une connaissance exhaustive de l'astronomie antique, un domaine qui semblait tombé en désuétude à cette période.

D'après nos recherches, chaque astrarium indiquerait l'emplacement d'une cache secrète à quiconque connaît les trois constellations liées à chacun des dispositifs du site. Reliez les dweomers dans le bon ordre, et la voie vous est révélée. Nombre de ces reliques ont été recherchées et détruites par des sectes de fidèles d'Andrasté du début de l'Ère des Divines (en particulier l'Ordre de la Promesse ardente). Pourquoi ? Parce qu'ils pensaient que les astrariums étaient les pierres angulaires du Voile et que leur destruction l'anéantirait et à travers lui, anéantirait le monde. Voilà une autre démonstration d'un point commun aux sectes de tout ordre et de tout temps : les véritables motivations de leurs actes échappent irrémédiablement à la compréhension de l'esprit moderne.

- Extrait d'une lettre du Magister Pelidanum, grand maître de l'Ordre de Corial, 5:12 des Exaltés.

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Les besoins d'une Magister

Ma très chère soeur :

Cela fait une éternité que je n'ai pas écrit, mais je devais te remercier ! Tes conseils étaient parfaits. Il a suffi de quelques ragots achetés avec de l'or pour que tout Minrathie pense que Quirinus et moi étions les pires rivaux. Cela nous a permis de profiter de notre amourette sans que sa maudite famille s'en mêle, ne serait-ce que pour un moment.

Malheureusement, Quirinus s'est révélé moins idéal. Je l'ai surpris à me tromper, avec une soporati de surcroît ! Tu te rends compte ? Il n'y avait rien à faire. Pendant la dispute, je lui ai envoyé de l'eau bouillante au visage. Sa soporati n'aura qu'à embrasser ses cicatrices.

En ce moment, il se tapit dans son manoir et prétend qu'il a été blessé dans un duel. Il voudra se venger, ça ne fait aucun doute. Ne t'en fais pas, ma chère soeur, j'ai pris mes précautions. N'en parle à personne, mais mon maître m'a enseigné quelques secrets qui devraient me protéger. Le rituel m'a coûté une fille de cuisine. Lenna, je crois. Désormais, j'ai assez de pouvoir pour empêcher Quirinus de tenter quoi que ce soit d'irréfléchi. On peut acheter des filles de cuisine pour treize à la douzaine au marché, donc ça ne risque rien.

Je me sens merveilleusement bien, chère soeur. Est-ce que tu viendras pour l'Hivernale cette année ? J'ordonnerai à ma nouvelle esclave de s'entraîner à faire tes gâteaux au citron préférés d'ici là, ce sera parfait.

- Lettre de Magister Delphine à sa soeur Aulia, 8:65 des Bontés.

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Les difficultés d'un érudit chantriste

En tant qu'étudiants de la culture, il est important de toujours reconnaître vos préjugés. Je parle ouvertement de mon point de vue chantriste, car si mes lecteurs ne comprennent pas l'angle par lequel j'aborde le monde, ils ne peuvent pas se rendre compte de la manière dont cette perspective teinte mes écrits.

Collecter des informations précises n'est pas aisé dans un lieu aussi vaste et divisé que Thédas. Un homme peut s'étendre sur des affaires sinistres impliquant un roi, puis refuser de donner son nom ou d'apporter la moindre preuve à son récit. D'autres sources peuvent entrer en contradiction flagrante. Organiser un voyage vers les zones les plus éloignées du continent n'est rien comparé à la difficulté que j'ai éprouvée à trouver des contacts en qui je peux avoir confiance. Je ne peux pas vous dire combien de fois des "gens de bonne réputation" ont essayé de me tromper, parfois pour leur propre notoriété, mais plus souvent dans l'intérêt d'une cause qui leur était chère. Les contacts Qunari, Dalatiens et Tévintides dignes de confiance sont particulièrement rares, et j'accorde une grande valeur à ceux avec qui j'ai réussi à maintenir des liens amicaux. C'est souvent à moi de gagner leur confiance.

Les textes peuvent également se révéler peu fiables. Grâce à mes lectures approfondies, j'ai pu déterminer qu'Andrasté était une Orlésienne Féreldienne née dans chacune des cités qui s'étend entre ici et Hossberg. Le peu qu'il reste de l'histoire des elfes a été dit et redit, modifié et déformé, au point que les légendes sont méconnaissables. J'ai un respect tout particulier pour les nains, car il n'existe aucun autre peuple aussi obsédé par l'écriture d'une histoire précise et complète. Si seulement les Façonneurs étaient aussi ouverts que les cieux qu'ils craignent !

Si je peux m'exprimer franchement, le long règne de la Chantrie a parfois nui à la description de la réalité. Les histoires les plus communes ont été réécrites au travers du filtre de la religion. Tout ce qui concerne le Créateur doit avoir du sens. Et même si cela est inévitable, cela mène parfois à des conflits entre ce qui est officiellement enseigné par la Chantrie et ce que j'ai vu de mes propres yeux.

Même si ma croyance en le Créateur est absolue, il faudrait être idiot pour ignorer les leçons que les autres sociétés et religions peuvent nous apprendre.

Prenez l'Immatériel. Était-ce le royaume de Créateur, comme l'enseigne la croyance populaire, ou celui des anciens dieux Tévintides ? Peu de personnes pourraient nier son existence, mais, au-delà de cela, les érudits ne parviennent pas à se mettre d'accord. Peu de gens partageraient mon opinion, mais j'ai fini par croire que rien n'est sûr. J'ai rencontré trop de gens et trop de points de vue différents pour ne pas garder l'esprit ouvert sur ce genre de choses.

- Extrait d'une conférence de frère Génitivi à l'Université d'Orlaïs, donnée peu de temps après la sortie de son oeuvre phare, Á la poursuite du savoir : pérégrinations d'un érudit chantriste.

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Les disciples d'Andrasté

Les disciples d'Andrasté sont un cas unique dans l'histoire. Leur culte vit le jour avant la Chantrie, mais resta tellement caché et isolé qu'il parvint à subsister jusqu'à une époque récente. Les disciples s'installèrent dans les hauteurs des Dorsales de Givre, dans un village appelé Darse, qui est à présent un sanctuaire pour les pèlerins de la Chantrie. On estime que les disciples étaient des descendants des premiers fidèles d'Andrasté, qui apportèrent ses cendres à Férelden et bâtirent le temple pour les abriter. Comme ils s'étaient engagés à garder le Saint Temple Cinéraire, les disciples d'Andrasté ne quittèrent jamais les Dorsales de Givre. Pendant neuf cent ans, ils chassèrent les étrangers, tuant tous ceux qui s'approchaient, et vécurent coupés du monde qui évoluait au-delà de leurs frontières.

S'étant développés à l'écart de la Chantrie andrastienne, les disciples étaient dirigés par des révérends pères. Cependant, on n'en sait guère plus sur leurs croyances originelles, car à l'époque de leur découverte, ils s'étaient détournés de leur noble héritage. La plupart des érudits estiment que l'isolation pluriséculaire imposée au village donna lieu à une consanguinité nécessaire. Cette pratique mena probablement à un taux élevé de folie parmi les disciples, ce qui peut expliquer pourquoi, lors de leur découverte en 9:30, ils vénéraient un dragon-sire.

D'après les écrits découverts à Darse, les disciples d'Andrasté montraient le plus grand respect au dragon, voyant en lui la réincarnation de la prophétesse. Les oeufs du dragon et ses dragonneaux recevaient les plus grands honneurs, considérés comme la progéniture "d'Andrasté", et le culte prenait soin d'eux. Le dragon n'attaqua jamais le culte, car il était assez intelligent pour comprendre l'intérêt de cet arrangement.

En 9:30 du Dragon, les disciples furent anéantis par le Garde des Ombres, qui cherchait à retrouver les cendres sacrées d'Andrasté.

- Extrait d'Avant l'andrastianisme : les fois oubliées de soeur Rondwyn de Tanterval.

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Les enfants d'Andrasté

De nombreuses idées fausses circulent concernant la lignée d'Andrasté, monsieur. La raison, me semblet-il, est le manque cruel de connaissances sur la vie mortelle d'Andrasté. C'est tout à fait compréhensible, étant donné la foule de cultes qui ont vu le jour au lendemain de sa mort. Tout le monde a cherché à s'approprier Notre Dame d'une façon ou d'une autre, ou a prétendu que tel ou tel aspect de son existence était un mensonge…Que d'affabulations ! Mon ordre a conduit maintes et maintes recherches pour rétablir la vérité.

Nous savons tous qu'Andrasté et Maférath ont élevé cinq enfants. Les trois plus âgés étaient des garçons : Isorath, Evrion et Verald. La gérance de ce qui était alors le Sud de Tévinter fut donc divisée en trois. A Isorath revint l'Ouest, qu'on appelle aujourd'hui Orlaïs ; à Evrion l'Est, les actuelles Marches Libres ; et à Verald la région centrale de Planacène, aujourd'hui appelée Névarra. Ce qu'il advint de ces hommes et de leur héritage est entré dans la légende, et la plupart de ceux qui disent aujourd'hui appartenir à la lignée d'Andrasté descendent de l'un d'entre eux. Là où le bât blesse, c'est qu'aucun de ces trois garçons n'était le fils d'Andrasté. Leur mère est en réalité la concubine de Maférath le traître, Gilivhan. Les gens ont eu tôt fait d'oublier qu'Andrasté était issue d'une tribu Alamarri : des barbares, et non des Féreldiens. Ces guerriers sauvages avaient des femmes et des concubines, et parce qu'Andrasté était considérée comme trop faible pour porter des enfants, le traître avait choisi Gilivhan pour être la mère de ses héritiers. Après sa mort, les trois garçons furent élevés par Andrasté comme ses propres enfants.

Quelques années plus tard, Andrasté démentit les prédictions et donna deux filles à Maférath : Ebris et Vivial. On les cacha du grand public et leur interdit de se marier, quoiqu'elles eussent chacune un conjoint. Ebris n'eut qu'un enfant, Alli Vemar, qui périt lors d'un voyage à Dénérim moins de deux mois après que sa mère fut emportée par une épidémie, et sans enfant pour perpétuer la lignée. Sa cadette, Vivial, était une forte tête qui défia sa famille en s'éprenant d'un mage Tévintide nommé Regulan. Le couple s'exila quand vint le début de la Marche Exaltée, et dût plus tard se cacher suite à la trahison et au meurtre d'Andrasté.

Nul ne sait réellement ce qu'il advint de Vivial et de ses descendants, et ce, pour la simple raison qu'elle n'enfanta que des filles. Elles se marièrent, changèrent de nom, et dans le chaos du deuxième Enclin, toute trace d'éventuels survivants fut perdue. La réelle lignée d'Andrasté, si elle existe, ne peut descendre que de Vivial, et mon ordre pense qu'elle ne produit que des filles. Voilà pourquoi les revendications de votre jeune homme, monsieur, sont pour le moins suspectes.

- Extrait d'une lettre de soeur Galenna de l'Ordre des Augustines, 9:12 du Dragon.

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Les gardiens de la peur

Ce lieu n'honore aucun guerrier ni aucune croyance. Des monstres venus du nord sont passés ici, amenant avec eux un poison appelé l'Enclin. Ils ont tué de nombreux combattants et corrompu la terre, et même le contact de leur sang était fatal.

Nous les craignions, et nous aurions eu tort de na pas le faire. Nous avons résisté vaillamment, mais ils revenaient inlassablement se nourrir de nos hurlements.

Ces pierres renferment les hurlements des Alamarri. Elles ont été dressées partout où les engeances des ténèbres sont passées, afin qu'elles s'y nourrissent de nos peurs à satiété et passent leur chemin. Si elles refusaient de partir, chaque homme imprégnait la pierre de ses hurlements, jusqu'à ce que son souffle lui fasse défaut. Alors, il allumait les flammes pour brûler ses cris, puis il prenait arme et bouclier et combattait jusqu'à la mort.

Quand tous les hommes étaient tombés, les femmes faisaient de même, que cela soit conforme à la tradition de leur clan ou non. Et après elles, les enfants, même s'ils ne brandissaient que de simples bâtons.

N'oubliez jamais notre avertissement. Offrez vos hurlements à la pierre, brûlez-les pour qu'ils n'aient plus d'emprises sur vous, et partez au combat.

- Runes gravées sur le socle de la statue hurlante.

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Les pyramides de Par Vollen

L'île que l'on appelle Par Vollen fut la première terre de Thédas dont les Qunari s'emparèrent, et ils l'occupent toujours depuis. Mais alors qu'ils y ont érigé leurs propres merveilles (on pense par exemple à la célèbre cité de Qunandar), Par Vollen avait déjà une histoire riche avant que le Qun accoste sur ses rives. Levez les yeux des beautés de Qunandar et posez votre regard sur la jungle, vous y verrez les ruines de cités étendues qui proclament silencieusement : "Nous étions ici".

Les pyramides caractéristiques de Par Vollen, qui surplombent la végétation luxuriante, sont restées pratiquement intactes, même si leur but premier a été oublié. Elles ne semblent pas être des tombeaux, bien que des pièces contiennent des corps soigneusement préservés. Il est surprenant de constater que les proportions des pyramides sont mathématiquement parfaites. Vu la précision de leur alignement, on peut supposer qu'elles répondent à un but scientifique. Des observatoires, peut-être ? Andvan Théraste a remarqué que la forme des pyramides de Par Vollen semble correspondre point par point à la constellation Solium.

Nous en savons beaucoup plus sur les pyramides que sur les humains qui les ont érigées. Les Qunari se sont lancés à la conquête de Par Vollen, mais il y a peu d'histoire et de traces des combats menés sur les rivages de l'île. Une civilisation capable de construire des cités aussi vastes devait avoir des moyens de défense, des armées, et peut-être même des armes étrangères aux Qunari. Alors pourquoi y a-t-il si peu de preuves de leur résistance ?

La réponse réside peut-être dans les vestiges de leurs temples. Sous les feuillages et la vigne qui en recouvrent les murs, on devine encore les gravures stylisées qui les décoraient. La peinture s'est écaillée depuis longtemps, mais les contours ressortent clairement : des constructions de navires, des musiciens, des archers et des rois. Ici et là, d'étranges silhouettes sont dépeintes : grandes, cornues, toujours en positions d'autorité et de respect.

Que symbolisaient ces silhouettes à cornes pour les anciens habitants de Par Vollen ? Des prêtres, portant une couronne rituelle ? Des héros ? Des dieux, peut-être ? Nous ne connaitrons probablement jamais la vérité. Mais lorsque les Qunari arrivèrent par la mer, portant des cornes sur la tête et propageant la parole du Qun, peut-être qu'au lieu de conquérants, les habitants de Par Vollen virent en eux la réalisation d'une ancienne prophétie.

Tout cela n'est que supposition. Les humains de Par Vollen sont désormais des Qunari, et leur civilisation antique a été abandonnée comme un vieux jouet d'enfant. Pourtant, les pyramides sont toujours là, ainsi que les vieilles cités et l'île elle-même. Un jour, de meilleurs érudits entendront peut-être ce qu'elles ont à dire.

- Extrait de Recueil d'Histoire du Nord occupé de Rénatus d'Acélie.

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Les périls d'une vie de barde

En tant que barde, vous êtes bien accueilli partout à Orlaïs. On vous ouvre les portes en vous souriant généreusement, car les habitants sont sûrs que personne n'oserait se faire passer pour tel, par peur du châtiment. Votre moindre demande est immédiatement exaucée. Vos services sont chers et pourtant, tout le monde les sollicite, et ceux qui ne peuvent se les offrir vous supplient de ne pas diriger votre mécontentement sur eux.

Un jour, cependant, vous vous réveillerez. Vous vous rendrez compte que ces sourires sont faux et que derrière eux, se cache une revanche. Au premier moment de faiblesse, vos frères et soeurs bardes seront lâchés sur vous comme une meute de chiens, et vous vous rendrez compte qu'ils ne sont pas du tout vos frères et soeurs. Malgré toutes vos intrigues sophistiquées, vous avez passé votre vie à ne rien créer qui en vaille la peine. Vous avez été englouti par la toile de vos propres duperies, et le Jeu dont vous vous croyiez maître a continué sans vous, indifférent.

- Extrait d'une lettre signée "Soeur Rossignol".

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Les quatre intrigants

A cette fenêtre, le voleur Mainleste fut témoin de la tentative d'agression sur Dame Castine. Plutôt que de s'échapper, il se lança à la poursuite de l'assaillant, un barde du Seigneur Halevine. Voleur héroïque, barde déjoué et noble conspirateur furent tous condamnés pour leurs actes indignes. Leurs peines respectives : coups de fouet et travaux forcés, exécution et ostracisme pour la saison sociale.

Dans l'adaptation théâtrale, le scandale dure bien plus longtemps ; les trois protagonistes y sont des frères qui auraient été séparés à la naissance et se disputeraient aujourd'hui la main de la manipulatrice Dame Castine. La conclusion, en revanche, est relativement fidèle aux événements réels, à l'exception des sentences infligées au voleur et au noble, qui furent inversées pour ajouter un effet comique. La pièce reçut de bonnes critiques, quoique certaines se plaignirent de la coiffure irréaliste de la Dame.

- Extrait d'une page arrachée de Visite guidée de la capitale de Philliam, barde de son état !

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Les voyants et le Toussla

23 Ferventis
Lorsque je me suis mis en route pour la capitale du Riveïn, je n'avais pas prévu d'arriver au milieu d'un petit festival de province. Les rues sont emplies de pêcheurs et de fermiers venus de la compagne pour participer à un genre de fête. Apparemment, la vie rurale génère des rivalités féroces. J'ai vu plus d'une bagarre éclater sur la place, devant l'auberge. Et c'est cela qu'ils appellent de la musique ? Cependant, je dois le reconnaître : le vin est délicieux. Il doit être Antivan.

24 Ferventis
L'accord est conclu. Le marchand portait plus de bijoux sur la tête que les femmes Orlésiennes sur les doigts, mais quiconque acceptant de me vendre de la soie à ce prix peut bien s'accoutrer comme il veut. Sabol, qui porte le titre de "Ana-Een", est un type amical, qui a proposé de me monter ce soir ce qu'est "le Toussla".

Apparemment, les chefs de villages, des mages clandestins qu'ils qualifient de "voyants", se rendent à Dairsmuid deux fois par an pour se réunir en conseil, établir des accords commerciaux et jurer publiquement fidélité à la reine du Riveïn. Les accords conclus au Toussla sont considérés comme étant particulièrement favorables. Sabol m'a prévenu que des têtes brûlées essaient parfois de régler de vieilles querelles avant que ces voyants ne prononcent ici leurs sentences. Mais il y a aussi des fêtes, des cérémonies où des cadeaux sont généreusement offerts, des concours de musique et autres broutilles rustiques.

Cela explique la présence de toute cette populace. Mais il sera peut-être amusant d'avoir un aperçu de la couleur locale. Je viens juste d'observer une sorte de joute verbale publique et bruyante entre deux hommes qui rivalisaient de vantardises ridicules sur la place. Le menteur le plus éhonté a été applaudi et décoré de couronnes par la foule ! Les Riveniens sont de bons vivants, je dois bien l'admettre. Et ils ne craignent absolument pas de trinquer avec un Tévintide.

***

Ha ! Un balourd de paysan m'a menacé après que j'ai trébuché sur lui à un banquet. Une petite flamme a suffi à l'intimider et a impressionné les dames. Ce sont des attitudes de personnes éduquées. Ces gens-là ont des danseuses ma-gni-fiques.
N.B. : penser à prendre du vin millésimé à l'aubeeeeeerge. L'étiquette était BLEUE !

26 Ferventis
Découvrir qui dort sur moi. Prévoir plus de robes l'année prochaine.

- Extrait du journal de Beskorus de Vyrante, 9:32 du Dragon.

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Magie du sang responsable

Laisse-moi te corriger, apprenti. Même s'il est vrai que la magie du sang est liée à l'histoire de Tévinter, il y a de bonnes raisons, outre les sermons de la Chantrie, pour qu'un tel art soit désormais étrillé. Pense aux anciens Magister qui essayèrent jadis de cartographier l'Immatériel. L'objectif était louable, certes, mais à quel prix ! Lorsque leurs sorts vinrent à bout des réserves de lyrium, ils versèrent le sang de milliers d'esclaves. Dans quel but ? La nature changeante de l'Immatériel rendait leurs efforts vains, et tant de morts laissèrent les Magisters vulnérables à la possession par les démons. Quel gâchis !

Certains idolâtrent encore Tirena de la Roche, qui utilisait la magie du sang contre les Qunari à l'Ère de l'Acier. On dit qu'elle s'est entaillée sur le rivage de Marnas Pell tandis que les cuirassés approchaient, lançant ses sorts sur leurs équipages et faisant bouillir le sang dans leurs veines. Une démonstration terrifiante, sans aucun doute, mais contre les Qunari ? Cela n'a servi qu'à les rendre plus déterminés lorsqu'ils assiégèrent les ports de Carastes.

Et qu'en est-il du Magister Calanthus, cet imbécile qui pensait devenir "l'homme élevé" grâce à la magie du sang ? Trente-trois esclaves sont morts dans ce rituel, et Calanthus est devenu une abomination tellement horrible qu'à sa vue, ses apprentis se sont arraché les yeux.

Tu mentionnes l'exemple des amants Crescente et Séraphinien. Oui, ce dernier a offert son propre sang pour guérir Crescente d'une maladie dégénérescente, ce qui lui a permis de vivre longtemps. Mais si même l'utilisation la plus noble de la magie du sang requiert la mort d'un homme bon, n'est-ce pas suffisant pour reconsidérer la chose ?

- Lettre de Magister Æsthia à son apprenti, 7:71 des Tempêtes

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Missive trimestrielle : Douairière lubrique

Une missive trimestrielle de petite vertu, imbibée d'eau :

La Douairière lubrique accueille les beaux jours avec Cuirassiers callipyges, une représentation scandaleuse des favoris de Sa Majesté pris en "flagrant délit". Leur uniforme et leur modestie pourront-ils supporter l'assaut ?

La Douairière lubrique : expositions pour les curieux aux pensées nobles, mais aux actes vifs.

L'avis de la dame :
Loin d'être un Tethras, l'érotisme et ses plaisirs sont bien là, à condition que vous aimiez les "cuirasses polies"... mais vous devriez. Trois foulards frémissants sur cinq.
DL
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Une missive trimestrielle de petite vertu, élégamment reliée :

La Douairière lubrique accueille la chaleur de l'été avec Ordre et obéissance, le récit grivois de templiers s'opposant fermement à la division grâce à une ruse secrète. Une oeuvre des plus inspirées, dans laquelle le Cantique n'a jamais été aussi passionné.

La Douairière lubrique : expositions pour les curieux aux pensées nobles, mais aux actes vifs.

L'avis de la dame :
Un tel affront à la modestie que je m'en suis évanouie en public de peur que mon honneur ne soit sali. A deux reprises. Cinq foulards frémissants sur cinq.
DL
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Une missive trimestrielle de petite vertu, bien usée :

La Douairière lubrique accueille les couleurs de l'automne avec Rêves de désir, les confessions d'un apprenti qui semble plus expert en fornication qu'en Confrontation. Le batifolage interdit dans toute sa splendeur.

La Douairière lubrique : expositions pour les curieux aux pensées nobles, mais aux actes vifs.

L'avis de la dame :
Fascinant. Vive les Cercles, dont le huis clos stimule l'imagination. Trois foulards frémissants sur cinq.
DL
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Une missive trimestrielle de petite vertu, non lue :

La Douairière lubrique enflamme les passions de l'hiver avec Les conscrits de l'amour, un récit sur les légendaires Gardes des Ombres et leur devoir impérieux de mobiliser les talents susceptibles de les aider dans leur quête.

La Douairière lubrique : expositions pour les curieux aux pensées nobles, mais aux actes vifs.

L'avis de la dame :
Toujours un plaisir quand les Gardes viennent et nous rendent visite. Ou devrait-on dire l'inverse ? Quatre foulards frémissants sur cinq.
DL
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Une édition annuelle particulièrement dense de la missive trimestrielle :

La Douairière lubrique accueille la nouvelle année en scandalisant les anciens avec Les bêtes à cornes, un récit de conquêtes, romantiques comme géographiques. Les géants de bronze partagent leurs passions explosives et satisfont ainsi toutes nos attentes.

La Douairière lubrique : expositions pour les curieux aux pensées nobles, mais aux actes vifs.

L'avis de la dame :
Réservé aux fleurs les plus aventureuses : bourgeons sensibles s'abstenir. Cinq foulards frémissants sur cinq.
DL

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Notre Dame des Anderfels

"C'est un endroit regorgeant de merveilles, tel le mont Mardain et sa gigantesque statue en stuc de notre Dame, les mains tendues pour porter une flamme éternelle". Les mots de Génitivi, aussi brefs fussent-ils, m'inspirèrent. Cette prophétesse de pierre semblait magnifique, je voulais la voir de mes propres yeux.

J'ai parcouru à pied la Voie impériale, en cachant mon identité et en évitant de montrer que j'étais étranger. A Vol Dorma, une route mal entretenue partait vers l'ouest. Bientôt, la terre aride fit place à une désolation absolue. Une terre rouge. Des ossements. Le sable porté par le vent me lacérait le visage. Lorsque la brise retomba, mon regard se porta à des lieues à la ronde, bien qu'il n'y eût rien à voir. Les quelques hameaux que je rencontrais étaient habités par des vagabonds et des fanatiques de la Chantrie. Ils m'avertirent que des épreuves plus dures encore m'attendaient si je poursuivais ma route vers le mont Mardain.

Je finis par faire demi-tour et je choisis une statue plus petite, située dans un lieu que le Créateur n'avait pas abandonné.

- Frère Bérard, prêtre de la Chantrie de Perendale.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 2

De Varric Tethras

Le majordome du magistrat Dunwald avait tout de l'homme qui se levait avant l'aube pour la première fois de sa vie. Planté au milieu du salon en robe de chambre, le menton légèrement relevé, il fixait Donnen Brennokovic et son partenaire, Jevlan, comme s'il se trouvait sur un balcon d'ivoire, loin au-dessus de leurs têtes.

"Le magistrat est indisposé, ceci devra attendre une heure plus raisonnable". D'un signe de la main, il indiqua aux gardes qu'ils pouvaient disposer.

"Le magistrat est mort, rectifia Donnen, allez réveiller la maîtresse de maison".

Après le départ du majordome, Jevlan rajusta péniblement son armure dans un grincement de métal et de cuir neuf. "Vous êtes sûr qu'on ne devrait pas attendre le capitaine ?"

"Tu veux retourner à la caserne ? Vas-y, je ne te retiens pas, lâcha distraitement Donnen en haussant les épaules. Il était absorbé par l'examen des objets de collection disposés dans la pièce, une douzaine d'épées anciennes gardées de la poussière et des mains importunes dans de luxueuses vitrines. Alors qu'il entreprenait d'en ouvrir une, les protestations de Jevlan furent réduites au silence par l'ouverture des portes.

Elle avait des yeux topaze et des cheveux noirs, dont les mèches zébraient son front comme des coups de poignard. Elle pénétra dans le salon avec une telle dignité et une telle élégance que Donnen ne remarqua pas immédiatement qu'elle était vêtue d'un simple peignoir et non d'une robe de bal.

"Vous m'apportez des nouvelles de Seamus ? De quoi mon époux s'est-il encore rendu coupable ? A-t-il oublié de payer sa note à la Rose ?" Elle se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche et fit signe aux gardes d'en faire autant. D'un hochement de tête, Donnen encouragea la jeune recrue à prendre la parole.

Jevlan bredouilla :"Non, Dame Dunwald, en fait nous…"

Elle l'interrompit d'un mouvement de la main. "Marielle, je vous prie".

"Dame Marielle, votre époux a été assassiné", enchaîna Donnen, prenant le relais devant l'embarras du jeune homme. "Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?"

Marielle le fixa intensément de ses grands yeux scintillants comme des joyaux, et prononça d'une voix chevrotante : "Assassiné ? Seamus ?" Elle sembla perdre pied l'espace d'un battement de coeur, peut-être deux, puis elle retrouva la grâce empreinte de noblesse dont elle ne s'était pas départie jusque-là. "J'ai diné avec lui", répondit-elle avec le ton qu'on emploierait pour parler du temps qu'il fait. "Il est parti à la tombée de la nuit pour jouer à la Grâce perfide avec le compte de Favre".

"Avait-il des ennemis ? Quelqu'un qui aurait souhaité sa mort ? demanda Jevlan avec douceur.

"C'était un magistrat, la moitié de la cité aurait souhaité sa mort". Un sourire amer se dessina sur ses lèvres, mais la peine alourdit sa voix. "Criminels. Adversaires politiques. Même les gens de son quartier qui n'étaient pas d'accord avec lui". Le regard vide, perdue dans ses pensées, elle se tut quelques instants avant de se tourner vers Donner, les yeux brillants. "Il a reçu une lettre, il y a une semaine. De vagues menaces. J'ai pensé qu'il n'y avait pas matière à s'inquiéter, mais Seamus ne semblait pas de cet avis".

"Qui l'a envoyée ?" demanda Donnen.

"Elle n'était pas signée, mais elle portait un sceau : six épées entrecroisées".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 3

De Varric Tethras

Pour la deuxième fois au cours d'une nuit qui s'annonçait interminable, Donnen Brennokovic et son partenaire, Jevlan, vinrent frapper à la porte d'un noble. Le soleil ne poindrait pas encore avant quelques heures et le ciel commençait lentement à passer du noir au gris. L'acier du gantelet de Donnen cogna contre le bois précieux de la porte. Une fois. Deux fois. Pas de réponse. Il leva les yeux vers les fenêtres sombres du manoir en soupirant. Il était trop vieux pour ces conneries.

"Il est peut-être absent", suggéra Jevlan. Il était nerveux. Le bleu avait intégré la garde depuis à peine une semaine, il n'était pas assez expérimenté pour arpenter les rues de la Hauteville, et encore moins pour enquêter sur une affaire de meurtre.

"Il se cache. Regarde là-haut". Donnen montra quelque chose du doigt. "Tous les volets sont fermés, mais on n'a pas eu de tempête depuis des mois". Il frappa encore, plus fort cette fois.

"On devrait aller chercher le capitaine", laissa échapper Jevlan en se tortillant sous ses lourdes épaulières. Donnen avait oublié à quel point les armures neuves de la garde étaient mal ajustées. Il commençait tout juste à expliquer au gamin comment arranger ça quand la porte s'ouvrit brusquement.

"Entrez, vite !"

Un homme les tira à l'intérieur et les poussa littéralement à travers la maison. Toutes les pièces étaient plongées dans l'obscurité, imperméables au clair de lune. Aucune bougie n'avait été allumée et ils avaient pour seul guide la lueur vacillante d'une lanterne brandie par leur hôte. Celui-ci les fit entrer dans une pièce centrale sans fenêtre, dont il ferma la porte à double tour après les avoir suivis à l'intérieur.

"Comte de Favre ?" risqua Donnen.

L'homme acquiesça. A la faible clarté de la lanterne, le garde vit qu'il était vêtu d'un pourpoint en brocart de soie tape-à-l'oeil, sur lequel était enfilée une cotte de mailles. Il était coiffé d'un heaume provenant visiblement d'une armure de cérémonie, enfilé légèrement de travers.

"Je sais pourquoi vous êtes là", soupira le comte. "Dunwald".

La voix de Donnen était atone. "L'avez-vous tué, monsieur le conte ?"

"C'est bien plus qu'un simple meurtre", siffla-t-il entre ses dents tout en jetant des regards nerveux vers la porte. "Dunwald a attiré l'attention de forces extrêmement puissantes, garde civil. Quand les dragons prennent le chemin de la guerre, les mortels n'ont d'autre choix que de se terrer dans leur trou. Abandonnez cette affaire. Ne les laissez pas poser les yeux sur vous".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 4

De Varric Tethras

Donnen Brennokovic n'a jamais été du genre à s'embarrasser avec le protocole. Il travers la caserne en trombe, sans un regard pour les gardes qu'il croisait, et ouvrit violemment la porte du bureau du capitaine.

Le soleil venait à peine de se lever et le capitaine Hendallen croulait déjà sous un amoncellement de paperasse plus haut que les montagnes de Vimmark. Du capitaine, Donnen ne voyait que la crinière de feu et le regard impitoyable qui a arraché plus d'un aveu.

"Capitaine, il me faut un mandat pour l'arrestation du comte de Favre". Il prit immédiatement conscience de son erreur, mais c'était trop tard, les mots avaient déjà quitté ses lèvres.

Le capitaine se leva lentement. "Brennokovic". Elle prononça son nom avec la chaleur d'un claquement de porte de prison. "Où est mon rapport sur le cadavre du marché de la Hauteville ?" Son ton était celui qu'on emploie avec un enfant pris en flagrant délit, auquel on pose une question non pour recevoir une réponse, mais pour le voir plier sous le poids de la culpabilité.

"Vous l'aurez après----"

"Je le veux maintenant, garde civil". Elle contourna son bureau pour s'approcher de lui. "Dans ma caserne, on respecte le règlement".

"Un magistrat a été tué pendant mon service, capitaine". La voix de Donnen trahissait sa colère. Il était incapable de garder son calme face au capitaine. "Je refuse de laisser le tueur m'échapper".*

"Vous avez quitté la scène du crime avant d'avoir inspecté soigneusement les lieux". Hendallen commença à faire les cent pas dans son bureau, martelant le silence de sa voix d'acier. "Vous avez importuné la veuve d'un magistrat, et vous avez pratiquement défoncé la porte d'un comte". Elle se tourna vers lui et le fixa intensément. "Et tout ça avant le lever du jour ! Si vous voulez un mandat, vous avez intérêt à m'apporter des preuves en acier trempé".

"Je sais que de Favre nous cache quelque chose !" insista Donnen. "Si vous me laissez l'arrêter, je pourrai l'amener ici et----"

"Capitaine !" Levant les yeux au-dessus de la pile de papiers, sa supérieure lui fit signe de se taire.

"Vous n'êtes qu'à deux semaines de la retraite, garde civil. Si vous voulez partir avec votre pension, je vous conseille de suivre la procédure. Arrêter de me faire perdre mon temps et revenez avec des preuves. Vous pouvez disposer".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 5

De Varric Tethras

Jevlan attendait devant le bureau du capitaine quand il vit Donnen Brennokovic en sortir précipitamment, la mine abattue.

"On n'aura pas de mandat, c'est ça ?" Jevlan avait presque l'air soulagé.

"Non". Donnen croisa le regard de son partenaire. C'était un gosse, il avait à peine vingt ans et on l'aurait cru fraîchement débarqué de la ferme familiale, rêvant de troquer ses champs de patates contre la caserne de Kirkwall. Il était plus grand et plus costaud que les autres gardes, et il était toujours voûté, comme s'il n'était pas à l'aise dans un corps trop grand pour lui. Flottant dans une armure flambant neuve taillée pour un Qunari, Jevlan ressemblait à un enfant déguisé pour jouer aux gardes et aux voleurs. C'était un bleu, il n'avait pas les épaules assez solides pour une affaire de meurtre.

"C'est peut-être mieux comme ça" laissa-t-il échapper, comme s'il avait lu dans les pensées de Donnen. "Vous allez bientôt raccrocher, et moi..." Il se tut un moment, puis il soupira. "Interroger des nobles au milieu de la nuit ne faisait pas vraiment partie de la formation".

Donnen le fixa intensément. "Je suis garde civil, le nouveau, exactement comme toi. Je ne laisserai jamais un meurtrier s'en tirer aussi facilement, compris ?"

Jevlan se redressa presque imperceptiblement. "Compris ! Mais qu'est-ce qu'on va faire ?"

"Le capitaine veut des preuves, glissa Donnen dans un sourire, on va lui donner des preuves".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 6

De Varric Tethras

Les grandes demeures de la Hauteville peuvent être rangées dans trois catégories : les palais des nains dans leur enclave, recroquevillés autour de pâles copies de statues de Hauts, remparts illusoires contre la civilisation humaine qui les entoure; le quartier étranger, où les riches négociants Orlésiens et Antivans séjournent deux fois par an pour vilipender les capitaines de vaisseau, comptables et marchands qu'ils emploient; les manoirs de la noblesse, où les familles dont l'arbre généalogique remonte aux conquérants Orlésiens et aux propriétaires terriens Tévintides de jadis se réfugient pour toiser le bas peuple qui rampe à leur pieds. Mais quelle que soit la catégorie à laquelle elles appartiennent, ces propriétés ont deux choses en commun : une entrée principale somptueuse utilisée quand ses occupants veulent être vus, et une porte de derrière quand ils veulent rester discrets.

L'entrée des serviteurs du manoir du comte Favre se trouvait dans une ruelle, habillement cachée par une haie touffue. Donnen Brennokovic s'affairait à crocheter la serrure pendant que son partenaire, Jevlan, faisait le guet en se balançant nerveusement d'un pied sur l'autre. Les deux hommes avaient laissé leur armure à la caserne, mais même en vêtements civils, la jeune recrue avait l'air d'un cadet à qui on aurait donné la garde-robe du grand frère avec un an d'avance.

"Quand le capitaine a dit de lui ramener des preuves, je doute qu'elle pensait à ça", marmonna-t-il.

Le verrou céda dans un cliquetis et Donnen poussa lentement la porte.

De minces traits de lumière perçaient à travers les volets fermés de la demeure endormie, et rien ne venait troubler le silence épais. Donnen et Jevlan se faufilèrent dans les pièces sombres, à l'affût de tout bruit trahissant la présence d'un serviteur, mais seuls leurs pas étouffés venaient troubler le sommeil inquiétant du manoir. De fait, ils ne virent aucun signe d'une quelconque présence jusqu'à ce qu'ils trouvent une pièce dont la porte avait été arrachée de ses gonds.

A l'intérieur, le comte gisait dans une mare de sang, une main crispée sur une arbalète chargée. Les yeux des gardes se fixèrent presque instantanément sur le manche d'une dague, plantée dans son dos.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre7

De Varric Tethras

Donnen Brennokovic fouilla le bureau du comte de Favre. L'homme était mort, assassiné les armes à la main alors qu'il s'était barricadé chez lui. Les appartements des serviteurs étaient tous vides. A en croire les tiroirs béants et les valises abandonnées, ils avaient été congédiés dans l'urgence. Le comte s'attendait visiblement au pire, et il n'a pas été déçu.

Il gardait toutes ses lettres; son secrétaire contenait des décennies de correspondance, triée soigneusement par royaume d'origine. Donnen les passa en revue rapidement à la recherche d'encre plus fraîche, de pages plus blanches, de tout signe pouvant trahir une missive plus récente.

Soudain, un vacarme insensé vint troubler les bruissements du papier et le claquement sourd des tiroirs; quelqu'un avait défoncé la porte d'entrée.

"Hé, mon Seigneur Fariboles ! Amenez vos fesses ici !"

Jevlan et Donnen se précipitèrent vers le vestibule.

Une femme se dressait sur les débris de l'huis, le reflet métallique de ses yeux plus mordants encore que celui des dagues qu'elle brandissait.

"Vous, là !" Hurla-t-elle aux gardes, "Où est Sa Majesté le comte de mes fesses ? J'ai deux mots à lui dire : "argent" et "maintenant".

"Garde civile de Kirkwall !" lui cria Donnen. "Vous êtes sur une scène de crime ! Veuillez décliner votre identité".

"La garde, vous dites ?" cracha-t-elle dans un rictus en essayant de distinguer sa silhouette dans la pénombre. "Pas de soldats dans la rue, un type qui farfouille chez un noble en pleine nuit... Ouais, je veux bien croire que ce soit une scène de crime".

Donnen resta imperturbable. "Votre nom".

"Belladone, Capitaine Belladone, du joyau du dragon". Elle se lança dans une révérence alambiquée qui tenait davantage de l'insulte que de la marque de respect. "Alors, il est où, ce foutu comte ?"

"Il est mort", lança Donnen en observant sa réaction. "Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet ?"

Elle se fendit d'un rictus désabusé. "Vous pouvez me croire, mon chou : si j'avais voulu le tuer, j'aurais attendu qu'il me paie ce qu'il me doit".

"Quelle était la nature de vos affaire avec le comte ?" L'intervention de Jevlan fit sursauter Donnen, qui avait totalement oublié la présence de son partenaire.

Elle lança un regard noir en direction de la jeune recrue. "Transport de marchandises. Il m'a engagée pour livrer des antiquités, et ça fait deux semaines que j'attends d'être payée et de lever l'ancre". Elle leva les yeux vers le balcon qui surplombait le vestibule, plissant les yeux pour essayer de percer la pénombre, et s'écria : "Vous m'entendez ? Si vous voulez récupérer cette camelote, venez sur les quais ce soir avec cinquante souverains, ou je balance tout par-dessus bord". Sur ces mots, elle tourna les talons et disparut dans la nuit.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 8

De Varric Tethras

Donnen Brennokovic laissa son partenaire, Jevlan, au camp. Le bleu était encore plus nerveux après leur accrochage avec le capitaine Belladone, et même si Donnen avait lui-même les membres lourds et endoloris après un service aussi long, il avait enfin trouvé une piste dans cette affaire. Pas question de la laisser filer.

La cité de Kirkwall est un fief de collectionneurs. Elle fut bâtie jadis par des Tévintides qui collectionnaient la souffrance comme d'autres les pièces rares, et qui transmirent leur obsession de l'obsession aux générations suivantes. Dans n'importe quelle rue, de Sombrerue au fort du Vicomte, on trouve quelqu'un qui achète toutes les tapisseries qu'on lui propose ou qui possède le moindre modèle de cuillère du Névarra. Ou qui amasse les fragments de connaissances historiques comme si c'était de la vaisselle héritée de sa grand-mère.

C'est pourquoi il se retrouvait en train de frapper à une porte colorée du bascloître.

"Oh, garde ! Quelle bonne surprise ! Personne ne s'est fait agresser, j'espère ?" L'elfe l'accueillit avec un grand sourire. Ses yeux verts étaient si grands qu'ils lui mangeaient le visage, et elle semblait toute en coudes et en genoux.

"Pas d'agression aujourd'hui, Maysie". Donnen dut baisser légèrement la tête pour passer la porte. "J'ai quelque chose qui devrait vous intéresser". Il lui tendit la lettre que la femme du magistrat lui avait confiée la veille au soir.

"Hum, ça n'a pas franchement l'air intéressant". Maysie fronça les sourcils, déçue. " 'Ce que vous avez revendiqué appartient à des pouvoirs supérieurs. Vous en répondrez devant nous'. C'est n'importe quoi".

"Non, pas ça. Regardez au dos".

Elle retourna la lettre et poussa un petit cri, comme si elle avait trouvé un chiot égaré. "Oh ! Mais quelle merveille ! C'est parfait !"

"Maysie", dit Donnen d'une voix forte et ferme, pour lui rappeler qu'il se trouvait encore dans la pièce. "A qui appartient ce sceau ?"

"Oh, aux Exécuteurs, bien sûr !" Maysie étudiait attentivement le cachet de cire, en le tenant près de la fenêtre pour profiter de la lumière. "J'aurais dû le deviner à cette stupide histoire de 'pouvoirs supérieurs'. On n'en connaît qu'un seul exemple, sur la lettre revendiquant la responsabilité de l'assassinat de la reine Madrigal en 5:99 ! Et celui-ci est mille fois mieux ! Vous avez vu cette empreinte ?"

"Une idée de la façon dont je peux contacter ces 'Exécuteurs' ?" demanda Donnen.

"Oh, ils n'existent pas, voyons. Tout le monde le sait".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 9

De Varric Tethras


Donnen Brennokovic était à court de pistes. Il ne lui restait que deux semaines avant la retraite, deux petites semaines pour trouver l'homme qui avait tué un magistrat et un noble de la Hauteville, si le capitaine Hendallen ne le virait pas avant.

Les quais puaient la pisse et le poisson pourri, une odeur aussi infâme que les hommes et femmes qui y travaillaient. Mais c'était là que Donnen devait aller pour trouver Belladone, le capitaine écumeur qui s'était introduit chez le comte de Favre.

Le Joyau du dragon était un grand bateau. Elle aimait les grands bateaux. Les mâts s'élevaient majestueusement au-dessus de l'eau. La partie arrondie en bois semblait capable d'écraser des armadas entières sous son... bon sang, j'en sais rien, son bois. C'était le plus grand bateau de l'histoire de la marine.

Mais même depuis le quai, Donnen sentait que quelquechose ne tournait pas rond.

Il monta à bord en courant et découvrit le cadavre d'un marin sur le pont, ainsi qu'une traînée de sang menant vers la cale. Donnen dégaina son épée et suivit la piste. Sa vue ne s'était pas encore adaptée à l'obscurité des ponts inférieurs quand il trébucha sur un autre marin mort, poignardé au ventre et laissé sur place. Le corps était encore chaud. Le navire grinçait à chaque mouvement des vagues. Retenant son souffle, Donnen s'enfonça dans la cale à pas de loup.

Il eut tout juste le temps de dévier la lame.

L'acier résonna contre l'acier. Donnen para un autre coup, encore à moitié aveugle dans la pénombre. Il ne parvint pas à esquiver le troisième coup, qui lui infligea une vilaine entaille à l'avant-bras.

"Personne n'attaque mes hommes, foutu tas de merde !" jura l'assaillant, et Donnen reconnut sa voix.

"Arrêtez ! Garde civile de Kirkwall !" cria-t-il en levant sa lame juste à temps.

"Encore vous !" La vue de Donnen commençait enfin à s'adapter, et il put distinguer le capitaine Belladone. Un poignard dans la main gauche et la droite contre ses côtes, elle était couverte de sang à tel point que Donnen était certain qu'il ne venait pas seulement d'elle. Elle lui lança un regard noir. "Un garde m'aurait bien été utile il y a à peine cinq minutes. Bon à rien, comme d'habitude". Elle baissa son arme à contrecoeur.

Donnen rengaina son épée. "Qui a fait ça ?"

"Aucune idée. J'ai pas pris la peine de demander". Elle renifla. "L'enfoiré a tué deux de mes hommes, avant que je lui tranche la main et qu'il décampe". Elle désigna vaguement l'arrière de la cale. "Elle est là, quelque part".

"Il a pris la cargaison du comte ?" demanda Donnen.

"Non. Si c'était ce qu'il voulait, vous pouvez la prendre". Elle se dirigea en boitant jusqu'à un coffre dont elle retira un paquet de tissu tenu par une ficelle. Elle le jeta aux pieds de Donnen. "Bon débarras".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 1

De Varric Tethras

On dit que l'argent ne dort jamais, mais quiconque a déjà patrouillé dans le quartier marchand de la Hauteville pourrait affirmer le contraire. A la nuit tombée, détrousseurs et escrocs de tous bords se donnent rendez-vous à la taverne, tandis que nobles et négociants nains s'en retournent dans leurs petits palais, ruminant les mauvaises affaires du jour; alors, le marché s'endort.

Donnen Brennokovic connaît tous les coins et recoins du marché comme sa poche, chaque ruelle, chaque détour imprimé si profondément dans sa mémoire par vingt ans de rondes qu'il lui arrive souvent de l'arpenter en rêve. Pour la nouvelle recrue, Jevlan, c'est différent. Le fracas de l'acier contre la pierre indiqua à Donnen que le gamin s'était encore cogné contre une colonne; à ce rythme, son armure flambant neuve serait constellée d'impacts avant le lever du soleil.

"Ce serait quand même plus simple avec des torches", se plaignit Jevlan en se relevant péniblement, dans un concert de grincements et de couinements métalliques.

"La lumière des torches limite le champs de vision, la nuit. Tu t'y feras". Donnen traversa la place et l'aida à se relever. Une légère brise vint secouer timidement les bannières et banderoles des échoppes, emplissant l'ait d'un parfum évocateur, presque familier. Donnen s'immobilisa subitement. "Il y a quelque chose qui cloche". Sa voix était lourde, comme un mauvais présage. Il fixa l'obscurité devant lui, puis leva-les yeux vers la mezzanine qui les surplombait. "Suis-moi. Soit prêt à tirer ton épée".

Les deux gardes gravirent l'escalier et vinrent immédiatement le cadavre, gisant dans une mare de sang. Une bandelette de satin à liseré d'or attira l'attention de Donne.

"Va chercher le capitaine, soupira-t-il, dis-lui qu'on a un magistrat mort sur les bras".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 10

Par Varric Tethras

Donnen Brennokovic poursuivait l'assassin du magistrat Dunwald sans repos ni repas, et n'avait pour l'instant rien de plus que le sceau d'un groupe imaginaire, un bras blessé et un paquet contenant une petite épée Tévintide rouillée. Son état d'épuisement était tel que chaque inspiration faisait trembler sa tête comme s'il avait trop bu. Ces conneries n'étaient décidément plus de son âge.

Il ne pouvait pas retourner au camp avec une blessure qu'il s'était faite hors service. Si le capitaine s'en rendait comte, et il n'y avait aucun doute là-dessus, il serait renvoyé de la garde. Il ne lui restait donc qu'une solution.

La clinique de la Chantrie ne refusait personne. Elle n'en avait toutefois guère besoin : la présence de trois guérisseurs du Cercle suffisait largement à convaincre la plupart des malades d'attendre de voir si leur état ne s'améliorait pas de lui-même.

Hormis quelques mendiants ivrognes qui ronflaient dans les lits, la clinique était relativement tranquille. Le guérisseur ne lui demanda pas son nom et se contenta de soigner sa blessure en lui lançant un regard désapprobateur. En l'espace de quelques instants, son bras avait retrouvé toute sa vigueur. Dommage que son manteau n'ait pas profité du même sort.

Alors qu'il traversait la nef pour gagner la sortie, il entendit une voix.

"Monsieur le garde. Je vous cherchais, justement".

Elle portait une robe d'un noir profond qui rendait ses yeux encore plus mystiques. Une odeur de lilas flottait dans l'air tout autour d'elle. Elle avait beau être en tenue de deuil, elle n'en était pas moins impressionnante, bien au contraire.

Donnen s'inclina : "Dame Marielle".

"Je dois vous parler. J'ai peut-être une piste pour vous".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 11

Par Varric Tethras

Perché au sommet d'une colline du quartier Orlésien de la Hauteville, le Café d'Or dominait la cité tout entière, permettant aux riches clients de surveiller les paysans qui se tuaient à la tâche un peu plus bas. Derrière sa tasse, Dame Marielle examinait la pièce. Quelques nobles étaient assis autour des délicates petites tables, à siroter leur thé rivenien et à commenter à voix basse les dernières manigances du Noble Jeu à quelques milliers de lieues de là.

"Parlez-moi de cette piste", Donnen brisa le silence, parfaitement conscient qu'il empestait la transpiration et le poisson des docks, et portait en manteau déchiré et maculé de sang dans le café le plus chic de Kirkwall.

"On nous suit, monsieur le garde", murmura la dame d'un ton curieusement désinvolte. "Les deux hommes dans le coin, près de la porte".

Donnenprit sa tasse de thé et l'agita comme pour se donner une contenance tandis qu'il tournait légèrement sa chaise et jetait un oeil aux individus en question. Ils étaient élégamment vêtus, mais semblaient presque autant que lui hors de leur élément : un Andérien imposant au visage blafard et couvert de cicatrices, et un Chasind tatoué portant une dague à la ceinture.

"Un Chasind en pourpoint ? On aura tout vu !" murmura Donnen.

Dame Marielle l'honora d'un demi-sourire. "Hier soir, un homme s'est présenté au domaine. Il disait vouloir acheter la collection de Seamus. Toute la collection".

Donnen se redressa sur son siège : "Les épées ?"

"Il a dit s'appeler Wagner". Elle prit délicatement une nouvelle gorgée de thé. "Il m'a donné une adresse dans la Basseville au cas où je changerai d'avis. Depuis, ces deux-là ne me quittent plus".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 12

Par Varric Tethras

On peut tout acheter au bazar de la Basseville. C'est en tout cas ce qui se dit, et ce n'est pas si loin de la vérité. Vous pouvez en un seul jour y trouver des épices de Séhéron, l'héritage de Hauts nains inconnus, des cartes de forteresse cachées dans la forêt de Donark et les joyaux de la couronne d'Antiva. Et aucune librairie de Thédas ne recèlera autant de romans d'aventures que la Basseville.

Donnen Brennokovic s'efforça de saluer chaque marchand qu'il croisait, afin que l'écho des mots "monsieur le garde" répétés encore et encore finît par parvenir aux oreilles des deux gaillards qui le suivaient depuis qu'il avait quitté Dame Marielle et la Hauteville.

L'adresse qu'elle lui avait donnée menait à un entrepôt dans le quartier des fonderies, une zone de la cité peuplée uniquement de clous rouillés et de vagabonds. Donnen frappa à la porte.

Un majordome impeccablement habillé l'accueillit et lui fit signe d'entrer. "Monsieur le garde Brennokovic. Messerah Wagner vous attend".

Donnen le suivit à travers un labyrinthe de bureaux jusqu'à une arrière-salle richement ornée de tapis de soie et de tentures dépeignant l'exécution d'Andrasté. Deux fauteuils imposants tapissés de velours occupaient le centre de la pièce. Dans l'un des deux était assis un homme roux à l'air suffisant et entièrement vêtu de samit d'un blanc aveuglant. L'autre fauteuil était vide.

"Monsieur le garde ! Asseyez-vous, je vous en prie", lança-t-il avec un accent osteburgeois très prononcé.

"Messerah Wagner, je suppose ?" demanda Donnen.

"Je suis antiquaire, Serah Brennokovic, comme vous l'a certainement expliqué Dame Dunwald". Wagner alluma délicatement une pipe en pierre de sang et tira une bouffée. "Mais nous sommes des hommes d'affaires, vous et moi. Votre retraite approche, n'est-ce pas ? Permettez-moi de vous offrir une opportunité".

Donnen lança un regard réprobateur à la tenture d'Andrasté sur le bûcher. "J'écoute".

Derrière un voile de fumée de plus en plus dense, Wagner poursuivit : "Savez-vous ce que Seamus Dunwald avait en sa possession, monsieur le garde ? Ce qui lui a coûté la vie ?"

"Dites-moi".

"L'épée d'Hessarian". Wagner s'avança dans son fauteuil et l'examina attentivement. "La même lame qui transperça le coeur d'Andrasté".

Donnen le fixa d'un air incrédule. "Même si je pensais cela possible, il me semble que cette lame vaudrait son pesant d'or'.

"La plupart des gens n'y verraient qu'un morceau de ferraille, et non plus la lame ornée d'un ancien Archonte. Mais trouvez le bon acheteur, monsieur le garde, et elle vaudra plus qu'un empire tout entier. Je connais de tels acheteurs". Wagner sourit. "Elle est ici, à Kirkwall. Et si vous m'aidez à la retrouver, je peux faire de vous un homme très riche".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 13

Par Varric Tethras

Dans le bazar de la Basseville, Donnen s'arrêta payer une jeune elfe pour qu'elle transmette un message en son nom, avant de reprendre la longue route vers la Hauteville. Un coup d'oeil discret confirma que l'Andérien balafré et le Chasind tatoué étaient toujours à ses trousses.

Donnen était certain qu'ils adoreraient le fort du vicomte.

Il passa sous le regard de pierre des statues de cormorans qui bordaient la sortie et fit un signe de la tête aux gardes en partant vers le camp. Personne ne remarqua ses vêtements déchirés et ensanglantés, ce qui était pour lui autant une bénédiction qu'une déception. Les recrues, de nos jours... toujours la tête ailleurs.

Donnen contourna le bureau du capitaine et alla chercher Jevlan. Le gosse devait bien avoir eu le temps de se reposer, et Donnen aurait certainement besoin de renforts si ses ombres aussi suspectes qu'imposantes décidaient de chercher la bagarre.

Mais le lit de Jevlan était vide.

Donnen releva des taches de sang sur les draps et une odeur de lilas. Tout son équipement avait disparu. Au centre du lit, un mot :

"APPORTEZ LA LAME SUR LES QUAIS Á MINUIT, OU LE GARÇON MEURT ".

Le papier était frappé d'un sceau de cire représentant six épées croisées.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 14

Erreur : à partir de ce Chapitre, Seamus se transforme en Saemus.

Par Varric Tethras

Le majordome du défunt magistrat Dunwald fut surpris par l'irruption de Donnen Brennokovic dans le foyer.

"Allez chercher Dame Marielle. Tout de suite". Il se dirigea aussitôt vers le salon où la collection était exposée.

Enveloppée dans un châle noir, Marielle entra dans la pièce d'un pas nonchalant et s'appuya sur l'une des vitres. "Monsieur le garde ! Quelle heureuse surprise !"

"Où est Jevlan ?"

Son sourire s'effaça. "Comment pourrais-je le savoir ? C'est votre coéquipier."

Donnen approcha le mot de son visage : "Votre parfum, Dame Marielle". Il le laissa tomber sur la vitre à côté d'elle. "Que faisiez-vous dans le camp de la garde ?"

"Ce n'est pas moi qui ai laissé ce mot", dit-elle d'un calme mesuré. "Et je n'ai pas votre coéquipier".

"Vous étiez pourtant bien dans le camp". Il recula pour examiner une vitrine. "Vous m'avez assuré que Wagner voulait acheter toute la collection du magistrat, mais il a dit être intéressé par une certaine lame uniquement". Il ouvrit la vitre. "Et à mon avis, cette lame n'a jamais fait partie de la collection de Saemus. Quelque chose me dit que ce nid douillet a été préparé pour elle". Il montra du doigt l'écrin vide doublé de velours. "J'ai vérifié les archives du vicomte, et vous n'êtes mariée au magistrat Dunwald que depuis trois semaines. Dites-moi pour qui vous travaillez et où est mon coéquipier, et je verrai si je peux vous obtenir un peu de clémence de la part du bureau du vicomte".

"La Chantrie". Marielle ferma doucement la porte. "Ils m'ont envoyée à Kirkwall il y a quelques mois quand des rumeurs sur l'épée ont commencé à circuler". Elle inspecta le mot. "Je n'ai pas Jevlan. Ce message était déjà sur son lit quand je suis venue vous trouver".

Donnen ne cacha pas son scepticisme. "Vous êtes innocente, mais vous n'avez signalé sa disparition à aucun des gardes ?"

"Quelqu'un l'a enlevé dans le camp, Serah, sans que personne ne s'en aperçoive. Vous ne trouvez pas cela étrange ?" Elle le regarda dans les yeux : "Avez-vous déjà entendu parler des Exécuteurs ?"

"Ce n'est qu'un mythe".

"Un mythe qui tue". Elle soupira. "Ce sont les Exécuteurs qui ont votre coéquipier, et je pense qu'ils ont un informateur au sein de la garde civile. C'est la seule raison qui puisse expliquer qu'ils aient réussi à extirper Jevlan du fort sans être repérés".

Donnen la regardait triturer son châle. "Que faisiez-vous dans le camp ?"

"Je soupçonnais que les Exécuteurs avaient un espion". Elle haussa les épaules. "Le pauvre comte de Favre n'aurait jamais ouvert à son tueur, autrement. Depuis qu'il avait organisé l'achat de l'épée pour Saemus, il se cachait chez lui. Les seules personnes qu'il avait vues étaient Saemus et vous".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 15

Par Varric Tethras

Les nobles de la Hauteville aiment à penser que les délits n'arrivent que dans la pénombre de Sombrerue ou au détour des ruelles tortueuses de la Basseville entre le bascloître et les quartiers les plus pauvres. Leurs hautes avenues aux murs couvertes de lierre ne pourraient jamais être le théâtre d'actes aussi grossiers qu'un passage à tabac ou même une simple agression.

Donnen n'eut guère de mal à trouver une alcôve isolée près de la Chantrie où attendre l'Andérien balafré et le Chasind tatoué.

L'Andérien lui tomba – littéralement – dessus le premier, depuis le balcon au-dessus de sa tête. Tandis que Donnen tentait de lui échapper, le Chasind surgit derrière lui et saisit son épaule de son énorme main aux allures d'étau. Le coup de poing que l'Andérien lui asséna ensuite sous les côtes lui coupa instantanément la respiration.

Alors que le Chasind le soulevait par le manteau, Donnen reprit assez de souffle pour articuler : "Vous travaillez pour Wagner ? J'ai un message pour lui".

Cette intervention lui valut un regard sceptique de la part de l'Andérien, mais le Chasind le reposa à terre.

"Dites-lui que j'ai son épée. Il peut me retrouver sur les quais à minuit pour convenir d'un prix". Pendant un long moment, Donnen regarda, nerveux, une série d'expressions différentes s'emparer du visage grisâtre et balafré de l'Andérien, avant que celui-ci n'acquiesçât. S'ensuivit un nouveau silence, puis les deux hommes s'en allèrent, laissant Donnen seul dans l'alcôve.

Le soleil commençait à se couchait, et il n'avait plus qu'une course à faire.

La taverne du centre de la Basseville gisait dans sa propre mare de bière renversée, de vomi et d'eau de mer que le propriétaire jetait sur les murs criblés de fiente de mouette lorsqu'il tentait sans conviction de les nettoyer. Donnen, comme la plupart des gardes qui allaient boire à l'auberge du pendu, fit son entrée sur l'air frénétique de "Range-moi ça ! Et que ça saute !" Il essaya de retenir son sourire et y parvint sans difficulté lorsqu'il croisa le regard menaçant de l'aubergiste elfe aux cheveux blancs, qui le salua : "Monsieur le garde".

Donnen posa une poignée de pièces sur le bar. "Que la bière coule à flots. J'ai du temps à tuer".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 16

Par Varric Tethras

Donnen quitta la taverne et s'enfonça dans une nuit sans lune. Le brouillard s'accrochait aux rues et aux bâtiments comme des toiles d'araignées, et l'air lourd menaçait de se changer en pluie. D'habitude, il serait allé directement au camp, mais ce soir-là, il avait rendez-vous.

Á minuit, les quais troquent la cacophonie des marins et de leurs grossièretés contre le bruit lugubre des cloches au loin dans le port. Donnen trouva Wagner et ses deux sous-fifres à l'abri des regards du bureau du capitaine. Dans le brouillard, le manteau en samit blanc de Wagner brillait telle une lune prétentieuse.

"Messerah Brennokovic. Je suppose que vous avez apporté ma marchandise ?" Wagner sourit. Á ses côtés, le Chasind tatoué nettoyait avec la pointe de sa dague ce qui était certainement du sang sous ses ongles.

Donnen glissa la main dans son manteau et sortit un petit paquet enveloppé dans du tissu. "Avant toute chose, nous avons des détails à régler".

Les yeux de Wagner luisaient au reflet de sa bedaine immaculée, "Le prix, bien sûr". Il fit signe à l'Andérien balafré, qui portait un sac de pièces. "Cent couronnes devraient suffire, non ?"

"Ça dépend". Donnen jouait avec la ficelle nouée autour du paquet. "Vous avez tué le magistrat Dunwald, n'est-ce pas ? Après avoir croisé vos deux amis, j'ai compris que la seule lame qui aurait pu infliger ce genre de blessure, c'était le poignard en pierre de votre Chasind".

Wagner haussa les épaules. "Des hommes meurent tous les jours, Serah. Il ne faut pas laisser ces désagréments s'immiscer dans les affaires". Un autre signe, et l'Andérien s'avança jusqu'à quelques centimètres de Donnen, puis brandit le sac d'or comme un fléau.

"Et Jevlan ?" demanda Donnen.

"Je ne sais rien du sort de votre coéquipier".

Donnen remit le paquet à l'Andérien, qui laissa tomber le sac à ses pieds et rapporta le prix à son chef. Wagner s'empressa de dépaqueter l'objet : une vieille dague piquée de rouille. Il fronça les sourcils. "Ce n'est pas la lame".

Le Chasind et l'Andérien dégainèrent leur arme.

Donnen garda son sang-froid: "Dommage que vous ayez tué Dunwald pour ça, alors".

"Vous croyez que je suis capable de tuer un magistrat, mais pas un garde ?" Wagner éclata de rire. "Détrompez-vous, Serah".

"On a ce qu'il nous faut". Le capitaine Hendallen apparut derrière Donnen, accompagné d'une dizaine de gardes. Pour la première fois depuis des mois, il aperçut un semblant de sourire sur le visage de la femme de troupe. "Joli travail, garde. On prend le relais".

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 17

Par Varric Tethras

Donnen laissa à son capitaine et à une dizaine de gardes de Kirkwall le soin de clouer Wagner et ses sous-fifres au pilori. L'air lourd céda et tomba en un rideau de pluie. Les vieilles marches en pierre grise qui menaient à la Basseville se changèrent en cascade. Donnen remonta péniblement le passage étroit, au rythme du pas de ses bottes qui frappaient l'eau.

Il faillir ne pas entendre l'embuscade arriver.

Alors qu'il atteignait le sommet de l'escalier, un léger bruit de métal le fit se jeter sur le côté, en plein dans la table d'un marchand de légumes. Une épée fendit l'air et alla se loger dans le mur de pierre à l'endroit même où il se trouvait.

Sa main se rua sur son fourreau, et il parvint de justesse à parer le deuxième coup avec son épée. Donnen eut un court instant, alors que les deux lames s'entrechoquaient, pour reconnaître son assaillant. Le jeune homme avait troqué son uniforme de garde contre une tenue de cuir sombre, mais il n'y avait aucun doute : c'était bien lui.

"Jevlan ?"

"Où est la Lame d'Hessarian ?" Jevlan répliqua à la parade de Donnen par un nouveau coup porté cette fois à ses jambes.

Voulant esquiver, Donnen glissa et faillit bien dévaler les marches sur les fesses. "C'était vous, le traître. C'est vous qui avez tué de Favre". Il se jeta sur la recrue. Jevlan tenta de riposter, mais l'épée de Donnen lui entailla le bras qui se mit à saigner.

"Donnez-moi la lame ! Je sais que cette vieille pirate vous l'a donné !" Jevlan enchaîna une série de coups acharnés afin de percer la garde de Donnen ou de le faire tomber dans les marches. Dans l'obscurité et la pluie cinglante, le garde peinait à voir son attaquant.

Pourtant, Donnen souriait. "Vous l'avez laissée au quai. Vous avez dû l'oublier après que la dame vous a arraché la main. Je n'y peux rien si vous avez cherché la bagarre à plus fort que vous". Il essayait de s'éloigner des marches, mais son adversaire le coinçait entre l'étal de légumes et le précipice.

Jevlan s'élança et transperça l'armure de Donnen juste sous ses côtes. Dans son élan, il glissa sur la pierre mouillée et bascula sur son ennemi, qui le repoussa dans les escaliers. Sa chute se solda par un insoutenable fracas d'os brisés.

Donnen inspira un grand et douloureux coup, et extirpa l'épée de Jevlan de son flanc, tout en veillant à ne pas glisser sur son propre sang. La Chantrie était encore loin.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre 18

Par Varric Tethras

La pluie s'arrêta brutalement, comme si un voleur de la Coterie dans un élan d'initiative avait escaladé jusqu'au ciel pour rapetisser les nuages. Le brouillard s'en alla hanter d'autres contrées de la Côte Escarpée, et tandis que Donnen entrait dans la cour de la Chantrie, le clair de lune perça le ciel nébuleux pour venir se refléter sur les dalles trempées par la pluie. Il s'arrêta un instant, reprit son souffle et resserra la manche de manteau déchirée dont il s'était servi comme bandage. Le saignement s'était calmé, ce qui voulait dire que sa blessure au flanc n'était pas si profonde, ou bien qu'il était à court de sang à perdre. S'efforçant de refouler de son esprit la deuxième éventualité, il ouvrit les portes de la Chantrie.

Á cette heure infernale, la Chantrie n'était éclairée que par la flamme éternelle aux pieds d'Andrasté. Les lieux étaient déserts, à l'exception d'une personne qui allumait un cierge pour les morts. Lorsque Donnen entra dans la lumière d'un pas chancelant, elle se leva.

"Monsieur le garde !" Dame Marielle se précipita pour l'aider à s'asseoir sur un banc.

"Vous devriez peut-être réveiller un guérisseur". Il esquissa un pénible sourire. "Je ne savais pas si je vous trouverais ici".

"Moi non plus. Votre message était un peu vague". Marielle tenta d'examiner son bandage de fortune, mais Donnen la repoussa.

Il montra du doigt la statue en or d'Andrasté. "J'ai demandé à un ami de vous apporter quelques chose. Sous l'autel".

Marielle afficha un regard sceptique, mais grimpa tout de même sur l'estrade et revint avec un petit paquet en toile cirée. Elle défit le noeud et découvrir une lame rouillée, dont la garde cabossée était couverte de petites taches de sang séché.

"La Lame d'Hessarian", murmura-t-elle, presque comme une prière.

"Vous pouvez la porter à la Divine ?" demanda Donnen.

Elle s'essuya les yeux. "Je vais lui remettre personnellement. Que voulez-vous en retour ?"

Donnen se leva avec difficulté. "Si vous pouviez simplement plaider en ma faveur, noble dame... On ne
sait jamais quand je pourrais en avoir besoin". Il s'éloigna doucement, et derrière lui, dans la lumière des flammes, Marielle tenait l'histoire entre ses mains.

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Nuit torride dans la Hauteville, Chapitre ???

Par Varric Tethras

Donnen essuya de la bière renversée sur le bar en écoutant le chant des oiseaux et le bruit des vagues à l'extérieur. Une journée tranquille comme les autres sur les côtes d'Amaranthine. La taverne
n'accueillait que peu de visiteurs ; C'était un peu trop au sud de la frontière Antivanne pour attirer les caravanes de passage, mais son but d'origine n'était de toute façon pas lucratif.


Si Hawke femme est restée dans l'Immatériel
Il versa un verre de vin rouge Orlésien et l'apporta sur la terrasse, où Dame Marielle jouait du luth pour le plaisir d'un vol de cormorans au loin et d'une chienne mabari fatiguée.

Donnen lui tendit le verre en souriant : "Désirez-vous autre chose, ma Dame ?"

"C'est fort aimable à vous, monsieur le garde". Marielle mit son luth de côté; la chienne leva les yeux, agacée qu'on vînt interrompre sa berceuse.

"C'est juste Donnen, maintenant", répondit-il, le regard tourné vers les vagues." Je ne fais plus partie de la garde de Kirkwall".

"Vraiment ?" Elle sourit d'un air malicieux derrière son verre. "Vous ne croyez pas que nommer votre taverne "la Garde" était le signe qu'un garde peut quitter Kirkwall, ou même la garde, mais qu'il ne pourra jamais vraiment s'en... débarrasser ?"

Le soleil se couchait derrière eux. La chienne s'étira, puis marcha tranquillement jusqu'à la table pour poser sa tête sur le genou de Dame Marielle et réclamer quelque chose à grignoter. Au loin, les cormorans s'éloignèrent de concert pour rejoindre leurs juchoirs sur la côte.

Donnen sourit à son tour. "'Vous avez peut-être raison. Mais ce soir, je ne suis pas en service, ma Dame".

"Marielle, corrigea-t-elle. Et pour répondre à votre question, je ne serais pas contre un peu de compagnie. Un garde devrait suffire".

Et ensemble, ils regardèrent le dernier éclat de lumière disparaître dans la quiétude la plus totale.


Si Hawke homme est resté dans l'Immatériel :
Il versa de la bière andérienne répugnante d'une barrique en chêne dans une grosse chope et l'apporta à un noble aux cheveux bruns sur la terrasse. L'homme grattait un luth si désaccordé qu'on aurait dit un autre instrument, peut-être un tuba ou une timbale, et semblait tenter de composer son propre morceau.

Donnen lui tendit la chope, dans l'espoir à demi dissimulé qu'il s'arrêterait de jouer.

"C'est fort aimable à vous, monsieur le garde". Par chance, le noble posa son luth et prit la chope, avant d'installer ses pieds sur la table devant lui.

"C'est juste Donnen, maintenant", répondit-il, le regard tourné vers les vagues. "Je ne fais plus partie de la garde de Kirkwall".

"Elle ne vous quitte jamais vraiment". Le noble sourit. "Kirkwall retrouve toujours le chemin de votre âme, et une fois qu'elle l'atteint, elle ne la lâche plus".

Derrière eux, le soleil couchant dessinait de longues ombres de la taverne jusqu'à l'océan, tandis qu'un vol de cormorans profitait de la tombée du jour pour pêcher en regardant leurs nids.

"Peut-être". Donnen sourit à son tour. "Mais le monde a toujours besoin d'un Héraut ou d'un garde, où qu'ils se trouvent".

Le noble leva sa chope :"Amen".

Et ensemble, les deux hommes regardèrent le dernier éclat de lumière disparaître dans la quiétude la plus totale.


Si Stroud est resté dans l'Immatériel :
Il versa dans un verre de l'eau-de-vie de prune d'une carafe ébréchée et l'apporta sur la terrasse, où une impressionnante moustache Orlésienne tenait compagnie à un vieux Garde des Ombres qui jouait un menuet sur son luth.

Saluant sa villosité labiale, Donnen tendit l'eau-de-vie, que le Garde accepta avec grâce et posa sur la table avant de finir la dernière mesure de son morceau.

"Mes remerciements, monsieur le garde". L'Orlésien posa son instrument sur une chaise à côté de lui et approcha l'eau-de-vie de sa moustache, qui ne semblait guère intimidée.

"C'est juste Donnen, maintenant", répondit-il, le regard tourné vers les vagues. "Je ne fais plus partie de la garde de Kirkwall".

"J'ai passé tant d'année à la Cité des chaînes". Le Garde soupira : "Nous avons de la chance d'avoir tous les deux échappé à ses griffes".

Derrière eux, le soleil couchant dessinait de longues ombres sur le sol, qui s'étendaient jusqu'à la mer.

"Peut-être". Donnen haussa les épaules, les yeux fixés sur les vagues qui obscurcissaient peu à peu l'horizon. "Parfois, je me demande si je n'y ai pas laissé une partie de moi".

"A tout ce que nous avons laissé derrière nous !" L'Orlésien leva son verre, et ensemble, les deux hommes regardèrent l'océan engloutir le dernier éclat de lumière dans la quiétude la plus totale.


Si Alistair est resté dans l'Immatériel :
Il versa un verre de whisky Féreldien et l'apporta sur la terrasse, où un homme aux cheveux blonds essayait de jouer de son luth. Ou de la massacrer. Ou de massacrer le concept même de musique. Il faut dire qu'il tenait l'instrument droit devant lui comme un serpent qui risquait de la mordre, ce qui n'arrangeait rien.

Donnen lui tendit le verre, espérant vivement que cela mettrait un terme à cette cacophonie.

"Monsieur le garde ! Vous venez me sauver juste à temps !" L'homme blond prit le verre en poussant un rire penaud et jeta presque le luth dans la chaise à côté de lui.

"C'est juste Donnen, maintenant", répondit-il, le regard tourné vers les vagues. "Je ne fais plus partie de la garde de Kirkwall".

"Vive la retraite, n'est-ce pas ? Fini les responsabilités, fini les supérieurs qui vous hurlent dessus, fini Kirkwall..." Il posa un regard mélancolique sur les cormorans qui pêchaient au large.

Derrière eux, le soleil couchant colorait l'océan d'Amaranthine d'un bleu saphir et renvoyait les oiseaux à leurs nids.

"Kirkwall est toujours là. Avec tout le reste. Je ne les ai pas apportés au bar avec moi, c'est tout". Donnen sourit. "Alors de quel genre de retraite s'agit-il ?"

"Vous ne me croiriez pas si je vous le disais". L'homme répliqua par un sourire en coin. "Vous voulez entendre l'histoire mal racontée d'un prince bâtard et de son amour profane pour le fromage ?"

"Pourquoi pas ! J'ai du temps devant moi".

Et tandis que l'homme blond entamait son improbable récit, les deux compères regardèrent ensemble le dernier éclat de lumière disparaître dans la quiétude.


Si Loghain est resté dans l'Immatériel :
Il versa le fond d'une bière blonde Féreldienne dans une chope et l'apporta sur la terrasse, où un vieux soldat grattait un luth particulièrement cabossé.

Donnen tendit la chope comme un signe de rapprochement.

"Merci, monsieur le garde". Le soldat posa son luth pour prendre la bière avec une efficacité presque professionnelle. La mabari grisonnante endormie à ses pieds agita une oreille.

"C'est juste Donnen, maintenant", répondit-il le regard tourné vers les vagues. "Je ne fais plus partie de la garde de Kirkwall".

"Vraiment ?" Le soldat soupira, puis baissa le regard vers la chienne assoupie. "Si les rêves de patrouille ont cessé de vous hanter, alors vous avez de la chance".

Le soleil glissait peu à peu vers l'océan derrière eux, et le vent marin se faisait de plus en plus frais.

"Vous savez ce qui me manque ? demanda Donnen. L'odeur du bazar de la Basseville au petit matin. La vingtaine de boulangeries, leurs miches de pain et délicieuses tartes qui dorent au four…"

Le soldat rit : "Il y a pire souvenir que l'odeur d'une tarte chaude". Puis il soupira à nouveau : "Vous avez vraiment de la chance".

Donnen sourit : "Peut-être".

Le vieux soldat leva sa chope : "Á nos souvenirs !"

Á ses pieds, la chienne remua la patte comme si elle chassait des lapins dans son sommeil, tandis que le dernier éclat de lumière disparaissait dans la quiétude la plus totale.

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Parcourir l'Immatériel : Instants figés

Mon travail d'érudit m'a un jour amené à étudier l'Immatériel, que j'ai disséqué comme un rat ou une grenouille entre les mains d'un enfant. J'étais jeune et rêvais de conquérir l'Immatériel pour l'immense pouvoir qu'il renfermait. En vain, j'ai tenté d'en cartographie les chemins et, suite à mon échec, j'ai voulu les figer. Ivre d'arrogance, j'ai lutté contre la nature même de l'Immatériel. Comment fait-on pour épingler un rêve ? Comment contrôler une pensée pour qu'elle conserve inlassablement le même cap, de sa conception à son couronnement ?

Ce n'est qu'après avoir renoncé à mes désirs, rattrapé par l'humilité, que l'Immatériel s'est ouvert à moi. Les esprits sont arrivés et m'ont servi de guides, telles des lanternes au sein des ténèbres. Sous leurs ordres, les chemins se sont immobilisés et j'ai pu les arpenter encore et encore. Ils m'ont montré de vastes océans constitués non d'eau, mais de souvenirs glanés dans les pensées des rêveurs. J'ai dérivé sur des instants figés, tels des tableaux, parfaits jusque dans le moindre détail. Tout au long de mon exploration de cet improbable monde, les esprits tenaient à l'écart moult aspects obscurs. J'ai fini par leur faire confiance, les aimer même, et j'ai vu mon propre amour se réfléchir en eux.

Pour connaître l'Immatériel, il ne faut pas chercher à le dompter. L'Immatériel est le maître, l'enseignant. Nous ne sommes que de modestes apprentis.

- Écrits du Magister Callistus de Taraevyn, alias "Callistus l'Élu de l'Immatériel".

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Parcourir l'Immatériel : La Confrontation

Je me suis retrouvé sur un plateau de brume et de fumée tourbillonnantes. Je ne voyais pas mes pieds, ou peut-être n'en avais-je tout simplement pas ici. Chaque pas était incertain : il fallait que je croie à la présence du sol sous mes semelles, faute de quoi il disparaîtrait et je chuterais dans l'insondable néant. Seuls ma résolution et mes pouvoirs magiques me protégeaient.

Le démon auquel ils m'ont confronté avait pris l'apparence d'un gigantesque félin. Durant notre combat, il me parlait dans mon esprit. Il affirmait que je finirais par trébucher et que c'est à ce moment-là qu'il bondirait. Le démon a évoqué les templiers de l'autre côté du Voile, postés autour de mon corps paralysé, leurs épées pointées sur mon coeur, attendant le moment où j'échouerais. Il suffirait d'un soupçon de peur, d'une graine de doute pour que tout soit perdu. Le démon me dévorerait l'esprit et les templiers anéantiraient ce qu'il resterait de moi.

Telle fut ma Confrontation, un passage obligé pour les mages que l'on considère bénéfique. Mais ce n'est jamais bénéfique, jamais légitime. C'est maléfique et injuste.

- Extrait d'un journal partiellement détruit, ne portant aucun nom, trouvé dans une citerne de la place-forte de Kinloch.

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Plantes contre cadavres

De tous les étranges conflits qui ont déchirés Férelden, l'un des plus insolites est la bataille du Casque du pauvre. Un redoutable démon, déterminé à accroître sa puissance dans le monde des mortels, leva une armée de cadavres pour attaquer la maison d'Hélianthe, une apostate solitaire qui, d'après les rumeurs, possédait une richesse incroyable et un savoir immense. Si le démon vit en cette érudite aux poches pleines l'hôte idéal, Hélianthe était loin d'être une ingénue sans défense.

Alors que les cadavres se frayaient un chemin vers sa maison, elle interpela le démon et lui jura que malgré sa simple condition d'apostate, elle démontrerait la force d'une infanterie tout entière. Invoquant alors sa magie, elle appela les esprits à prendre possession des plantes de son potager, qui se changèrent en d'innombrables petits sylvans. Dans le combat qui s'ensuivit, des cadavres armés de seaux et de portes en guise de casques et de boucliers affrontèrent des fruits et légumes possédés qui crachaient des graines, construisaient des fortifications de fortune, et dévoraient tout cru des corps entiers.

La maison d'Hélianthe et ses alentours devinrent un étrange amalgame entre jardin et cimetière au fil de son combat sans relâche pour se défendre, elle et le monde, contre ce démon. Si le démon l'avait vaincue et s'était emparé de son esprit savant, nous aurions très certainement vu ces cadavres foisonner des grandes pyramides de Par Vollen aux mystérieux territoires occidentaux, en passant par les eaux infestées de pirates de Llomerryn...

C'est mon déjeuner ? Je croyais qu'il y avait du lard au menu. On m'a dit qu'il y aurait du lard. Non, je refuse d'ôter le pot de ma tête. Pourquoi ? Parce que je suis fouu...

- Récit de Daveth le Fou, discutable et de source inconnue, soi-disant présenté à son domaine des Collines de noyers, où il passa ses dernières années.

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Qu'est-ce qui est vert ?

Qu'est-ce qui est vert ? Imaginez que je vous présente un objet qui, pour moi, est indiscutablement vert, en vous demandant : " Cette chose vous semble-t-elle verte ?"

Naturellement, vous pourriez acquiescer, reconnaissant que la couleur de l'objet peut effectivement être qualifiée de "verte" en associant ce mot à ce que vos yeux voient. Mais se pourrait-il que ma conception du "vert" diffère totalement de la vôtre ? Et si vous pouviez lire dans mon esprit ? Vous pourriez constater que toutes les choses que je considère comme étant "vertes" sont en fait "rouges" selon vos propres critères.

Ah, sans les amarres de la vérité objective, nous partons à la dérive sur les océans de l'expérience solitaire.

- L'introduction prometteuse d'une conférence de Karsten Groeke, philosophe-poète, à l'Université d'Orlaïs. La qualité de la conférence chuta nettement après ce point, et le tout se termina rapidement quand Groeke infligea à son public une Ode au vert chartreuse atrocement construite. Il s'enfuit de l'auditorium sous des jets de tomates "rouges".

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Racaille d'écumeurs fameuse

Vous voulez en savoir plus sur mes "amis" écumeurs, hein ? Qu'est-ce qui peut bien donner envie à une sainte nitouche comme vous de mettre le nez dans des affaires aussi louches ?

Bon, évidemment, il y a ce bon "Ser" Tadeus. Certains racontent qu'il dirige l'Armada. Mais c'est pas vrai. Personne ne la dirige. L'Armada est un essaim de navires, et chacun d'entre eux agit comme une nation indépendante, avec ses propres règles, son propre peuple, son propre chef. Tadeus est respecté, bien sûr. On ne coule pas une demi-douzaine de frégates Orlésiennes sans gagner un minimum de respect. C'est un type dangereux, mais c'est pas le roi de l'Armada. Celui qui vous raconte ça, soit il vous ment, soit il y connaît rien.

Ensuite, il y a Lachlan Poole. Il aime bien naviguer dans le coin du cap sud de Riveïn en brandissant son sabre et en prenant des poses censées en mettre plein la vue. Mais tout le monde se fiche bien de ce que fait Lachlan Poole…bien que personne ne soit assez fou pour le lui dire en face. Vous voyez, le truc avec lui, c'est qu'il a de l'or. Beaucoup d'or. En plus, il l'a gagné légalement. Il a encore une entreprise de négoce, quelque part dans les Marches, et il emploie des gens pour la faire tourner pendant qu'il joue les aventuriers au large. L'Armada le laisse faire parce que ça paie toujours d'avoir des amis riches.

Celui dont vous devez vraiment vous méfier, c'est Ianto. On l'appelle "la Serre" ou "la terreur de Llomerryn", mais le plus souvent "Cet enfoiré malhonnête qui pourrait bien vous tuer quand vous dormez". Esclavage, meurtre, torture... Ianto n'a aucune limite. Il donnerait dans le trafic d'âmes, s'il savait comment les extraire des gens. En fait, je suis sûre qu'il a des copains Tévintides qui y travaillent en ce moment même. Je suis sûre qu'il y a des gens quelque part qui seraient prêts à payer pour des âmes volées. Dans l'Empire, probablement.

Isabela, autoproclamée "Reine des mers orientales"

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Rengaine de la Côte Orageuse

Sur la mer d'écume, le commerce m'appelle.
Un clin d'oeil, messire, et une histoire salée !
Mes tissus de mensonges réjouissent les jouvencelles.
Une tournée pour ces bougres!

Oh, la Côte Orageuse finira par me prendre,
Mais d'ici là, je naviguerai.
Alors dites aux filles que je rentre,
Des sous plein les casiers.

J'ai repêché une fille, prête à se noyer.
Un clin d'oeil, messire, et une histoire salée !
Je l'ai remontée dans mon grand filet.
Une tournée pour ces bougres !

Oh, la Côte Orageuse finira pas me prendre,
Mais d'ici là, je naviguerai.
Alors dites aux filles que je rentre,
Des sous plein les casiers.

Sur la mer de Nocen rôde un monstre méchant.
Un clin d'oeil, messire, et une histoire salée !
Attendez que je vous montre où il a planté ses dents.
Une tournée pour ces bougres !

Oh, la Côte Orageuse finira par me prendre,
Mais d'ici là, je naviguerai.
Alors dites aux filles que je rentre,
Des sous plein les casiers.

Je suis un marin heureux et poli.
Un clin d'oeil, messire, et une histoire salée !
A quai jusqu'à demain, je cherche la bonne compagne.
Une tournée pour ces bougres !

Oh, la Côte Orageuse finira par me prendre,
Mais d'ici là, je naviguerai.
Alors dites aux filles que je rentre,
Des sous plein les casiers.

- Extrait de Chants du Nord de Férelden de soeur Adalaïde.

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Reprendre le ciel : air de taverne

Rassemblez-vous, ivrognes, car bientôt vont commencer
Les chants de nos héros, nos guerres et nos alliés.
Engageons le combat,
On ne s'enfuira pas,
On boira pour toi, eux, moi, car on sait qu'un va gagner !

Oh,
Ils ont déchiré les cieux et pratiqué une ouverture,
Avec la/le Messagère/Messager, on part à l'aventure.
On reprendra le ciel, ils iront droit dans le mur.
On reprendra le ciel, ils iront droit dans le mur !

La bête était sur nous, tous nos espoirs déçus,
Un monstre à notre cou, une horde nous tombait dessus.
Jusqu'à ce qu'on trouve ce fort,
Une trouvaille qui vaut de l'or !
Reprenons la musique, et une tournée sera bue !

Oh !
Il a déchiré les cieux, ce n'était pas qu'une zébrure,
Avec l'aide d'Andrasté, on part à l'aventure !
On reprendra le ciel, il ira droit dans le mur.
On reprendra le ciel, il ira droit dans le mur !

On compte sur notre chef, on aborde le blason,
Corypheus verra qu'on n'est pas des poltrons !
Il croit nous maîtriser,
Mais on va le mater,
Avant d'aller trinquer à la mort du démon !

Oooh !
Il a déchiré les cieux, ce monstre est une ordure,
Inquisitrice/eur ! Allons-y, partons à l'aventure !
On reprendra le ciel, à lui la déconfiture !
On reprendra les cieux !
Il nous fera ses adieux !
On lui brûlera les yeux !
On l'embrochera sur des pieux !
Après, tout ira mieux !
Meurs, crève, quitte ces lieux !
On reprendra le ciel, il ira droit dans le mur !

- Exercice en rimes de Maryden, ménestrelle de notre bon(nne) Inquisitrice/eur.

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Saga de Tyrdda Vivehache, mère des Alvars

Première strophe :

Voici l’histoire légendaire de Tyrdda Vivehache, femme d’esprit :
Son peuple libre, vif et véloce, rude et robuste, l’arme hardie,
Sage et serein, calme, éclairé, béni par ses dons honnêtes.
Elle mena sacrifices, tira enseignements, livra quêtes.
Vive sa hache, au cristal de feu, brandie face aux capricieux,
Don de sa bien-aimée elfique, la dame rieuse des cieux,
Toutes les lames s’y sont cassées,
Toutes les demandes écartées,
Tyrdda Vivehache la rêveuse,
Mère des Alvars, coryphée.

Deuxième strophe :

Thelm aux mains d’or, aux doigts graisseux, aux bagues d’émeraude et de rubis,
Trouva des tribus en peine, les engraissa, les affaiblit.
De grands guerriers et fort nombreux, partirent combattre ses guerres,
Les corps couverts d’écailles de drakes, le sang macula les Terres.
Il leur vanta un riche trésor, au nord voilà qu’il brillait,
Un murmure, et direction la Cité d’Or dont il rêvait.
Conseillé la nuit en rêve,
Des voix que les sages ignorent,
Il écouta, et la troupe
À travers l’écume fut poussée.

Troisième strophe :

Thelm tenta de charmer Tyrdda, la couvrit d’or et d’argent,
Il voulait ses hommes pour guerriers, voleur d’âme, voleur de sang.
La Main d’or conseilla la foule frappée par l’hiver glacé :
“Franchissons l’écume vers les délices de la cité dorée“.
Tyrdda Vivehache, folle de colère, brandit son cristal de feu,
Contre Thelm et ses manigances, insensible à ses doux yeux.
“Nul ne brisera ma tribu,
Aucune parole de démon,
Sens les feux de ma fureur,
Paroles de rêves, ne sont que mensonges“.

Quatrième strophe :

Tyrdda Vivehache, Thelm aux mains d’or, combattirent hache contre épée.
Cotte de mailles et targe d’argent, Thelm était fort protégé.
Lame de dragon ensanglantée, les guerriers crièrent de joie,
Tyrdda et sa hache embrasée versèrent les larmes du combat.
Vive la hache de sa bien-aimée, la dame des cieux rit encore,
Tandis qu’hélas se répètent les mensonges de la Main d’or.
“Vers le nord, les cités dorées,
Écoutez la voix des rêves !“
Abattu, le menteur d’argent s’envole
Vers les cieux, rêver d’éternité.

Cinquième strophe :

Tyrdda Vivehache, inébranlable, sortit sa tribu des plaines,
Lames émoussées, coeurs oppressés, bataillèrent contre leur peine.
Vers les montagnes enneigées, à la recherche d’un abri,
Elle trouva enfin une grotte, mais un dragon troubla la nuit.
La bête se mit à rugir, Tyrdda pria sa bien-aimée :
“Pour toi, ma chère et tendre, la couronne j’ai dû abandonner !“
La foudre vint alors s’abattre
Depuis les cieux en colère,
Le dragon tomba au sol,
Sous les décombres, éliminé.

Sixième strophe :

Tyrdda Vivehache, fière des siens, à nouveau hors de danger,
Forts de l’effort, sortis grandis, plus sages, plus déterminés.
Sous le sol, les hommes de pierre, guerriers d’Hendir, étaient prêts,
Face à la tribu aux haches et aux épées qui brillaient.
Sa chère bien-aimée vint murmurer à l’oreille de Tyrdda,
Les coeurs des nains furent brisés, et c’est alors qu’elle demanda :
"Laissez la tribu des nains
Dans leurs grottes, dans leurs foyers,
Et par l’échange, le commerce,
Que les nains d’Hendir trouvent la paix“.

Septième strophe :

Tyrdda Vivehache, amie des nains, rejoignit sa bien-aimée.
Mais au réveil, un doux matin, sa douce s’en était allée.
Des murmures au détour d’un rêve, mais le silence toujours pesant,
Sa lignée guerrière s’éteindrait à moins qu’elle accouche d’un enfant.
Aval’var, sa bien-aimée, toujours présente à ses côtés ;
Un jour, l’enfant de Tyrdda, Morrighan’nan, devrait briller.
Elle obéit aux murmures et
Hendir, prince nain, pour la lignée,
Lui donna cet héritier.
Les Alvars, son nom, notre trophée.

Huitième strophe :

Tyrdda Vivehache, chef des Alvars, aidée de ses nains alliés,
Défit toutes sortes d’adversaires, à force de témérité.
Puis Tyrdda trouva Hendir, prince nain, ami et géniteur,
Qui lui rendit sa liberté, et lui souhaita le bonheur.
Son enfant vint à lui succéder, une fois les torts réparés,
Dans l’ignorance sa tribu désormais n’était plus plongée.
Dernier voyage vers les cieux,
Vers sa bien-aimée des rêves
Unies parmi les oiseaux,
Coeurs apaisés, âmes délivrées.

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Sanctuaire parfumé de sa Sainteté

La Divine Rosamund. Voilà une histoire intéressante. Rosamund fut la plus jeune Divine jamais couronnée, née dans la famille noble des Montbelliard et hissée sur le trône par la Divine en place, Hortensia II.

Les témoignages de l'époque louent sa beauté rayonnante, la disant prompte à ravir le coeur et l'imagination des Orlésiens. Peu de temps après son couronnement, des illustrations et récits érotiques la mettant en scène commencèrent à circuler dans les cercles privés de la noblesse. Les situations décrites dans ces oeuvres étaient en tout point fictives ; la Divine Rosamund a mené une vie exemplaire, mais il semble que son irréprochable pureté n'ait fait qu'attiser les flammes de la créativité chez ses "adorateurs". Pour eux, la réalité n'était guère plus qu'un insecte importun qu'on éloigne d'un revers de main, et ils se permettaient de dépeindre la Divine dans toutes sortes de situations moralement condamnables et souvent physiquement impossibles.

Plusieurs pages d'une brochure de cette nature ont survécu, conservées dans la collection privée d'une gente dame dont nous tairons le nom. Un paragraphe décrit notamment, avec force détails sordides, le "sanctuaire parfumé" de Rosamund. Le reste est entièrement consacré aux exaltations quotidiennes de Sa Sainteté, rapidement rejointe dans son recueillement par quelques-uns de ses templiers les plus dévoués.

- Extrait de Secrets de Sa Sainteté de soeur Damson

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Sur l'Avenue de Ses pensées

L'Avenue est une véritable source d'inspiration, mais les sages voyageurs ne s'y attardent pas ; Pas seulement parce que le bazar les attend, mais parce que la zone qui précède les statues au dos tourné est particulièrement traître. Une légende locale raconte que l'Impératrice Aimée, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant, profita du repos sacré pour se soulager sous les yeux de Note Dame. Incapables de raisonner la jeune dirigeante, ses gardiens préférèrent châtier les statues, et les firent retourner par embarras. Nul ne sait si la légende est avérée, toujours est-il que de jeunes idiots s'amusent aujourd'hui à souiller les lieux de façon similaire. Une légère odeur semble désormais ne plus quitter cet éminent site de culte et de recueil.

- Extrait d'une page arrachée de Visite guidée de la capitale de Philliam, barde de son état !

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Survivre à la Porte du Ponant

Jour 73
Sans ce journal, il y a longtemps que j'aurais perdu le compte du temps passé dans ce désert maudit. Rien que du sable jaune et des piliers rocailleux à perte de vue. Impossible de dire si on a vraiment avancé aujourd'hui ou si on tourne en rond. Ce pilier cassé qui ressemble à des crocs de loup... l'a-t-on déjà passé ou y en a-t-il plusieurs ? Elerli semble particulièrement sensible au soleil. Son visage est rouge et gonflé, et on n'a ni eau ni ombre à lui proposer. Si on ne retrouve pas notre chemin très bientôt, je crains qu'elle ne s'en sorte pas.

Jour 81
Dire qu'il y a moins de dix jours, j'espérais encore qu'on puisse quitter ce désert sans essuyer de perte. Elerli a succombé cet après-midi-là, et cinq autres sont morts depuis. Tout s'est accéléré. On a attrapé un scorpion hier, mais sa viande ne nous a pas donné plus d'une bouchée par personne. Si on ne trouve pas d'eau très bientôt, on est tous condamnés.

Jour 95
Retli et Gorvin ont trouvé une solution à leur faim et à leur soif. Mari est morte hier soir, et ils l'ont découpé comme un veau, avant de manger sa viande crue et de boire son sang comme du petit lait. J'en tremble rien que de l'écrire, mais même mon ventre gargouillait à la vue de ce festin de l'horreur. J'ai refusé d'y participer, mais je ne sais pas combien de temps encore je vais pouvoir tenir sans manger. Si je ne me joins pas à eux, je serai leur prochain repas.

- Extrait du journal de Veril Dorel, du tristement célèbre groupe des Dorel, 7:19 des Tempêtes.

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Tempêtes de la tentation

Ce roman en lambeaux de Dan'el Mythril prétend être une "Romance renversante sur les huit mers". La couverture montre un elfe basané aux longs cheveux blond platine suspendu par une main au mât de son navire, une dague entre les dents. Une femme portant un masque orné, une robe décolletée et presque autant de cheveux que l'elfe empoigne la base du mât. L'elfe lance un regard furieux à un pirate humain au teint mat et aux traits sculpturaux, qui sourit tandis que son vaisseau s'approche de celui de l'elfe.

Pour le premier capitaine elfique de la marine Antivanne, la mission inaugurale de Kiel Zébulon n'était qu'une simple excursion commerciale à Wycome. Il était loin de se douter que la fougueuse Améthyste Couronne, une passagère qui était monté à bord dans les Marches Libres, était l'héritière d'une immense fortune... une fortune que le pirate Rivenien Elrado Houragan était prêt à tout pour récupérer !
Incapable de résister aux appels à l'aide d'Améthyste, Kiel mit les voiles vers Val Royeaux et se retrouva pris dans une course poursuite avec l'implacable Houragan, dont les huit mers se souviendraient à jamais !

Un message est inscrit sur la deuxième de couverture d'une main délicate :


Propriété de Dame Yvette Montilyet

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Trois petites Impératrices

De simples couchettes dans le style des Trois petites Impératrices, les triplées qui n'en étaient pas. Humbles dans leur jeunesse, leur histoire était toutefois fort sinistre : l'on disait que l'Impératrice Mérise (6:19-6:43 de l'Acier) avait eu une fille, puis adopté deux sosies pour protéger sa lignée d'un éventuel assassinat. Quoique la décision pût paraître stratégique, elle causa d'autres problèmes, si l'on en croit la comptine de l'époque :

Trois petites Impératrices, laquelle est la vraie ?
Il n'en reste plus que deux après un verre de lait.

Deux petites Impératrices, laquelle fera fortune ?
Une dague sous un manteau et il n'en reste qu'une.

Une petite Impératrice, récolte ce qui a été semé.
Assise sur le trône, elle seule sait la vérité.

- Extrait d'une page arraché de Visite guidée de la capitale de Philliam, barde de son état !

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Un comportement Féreldien

Ma très estimée dame Sidonia,

J'aimerais assumer l'entière responsabilité du comportement étrange de mademoiselle Marchellette, ces derniers temps. Voyez-vous, nous venons de commencer à étudier l'histoire. Je pensais qu'il serait bon que la jeune maîtresse soit exposée à toutes les cultures de Thédas, et pas seulement à celle d'Orlaïs. Mais c'était une idée stupide.

Malheureusement, votre fille s'est particulièrement intéressée au folklore Féreldien. Elle a commencé par développer une affinité envers le roi Calenhad qui semble avoir évolué vers une sorte de passion amoureuse. Elle me fixait, les yeux écarquillés, lorsque je lui racontais comment il unifia les barbares grâce à sa puissance et à son charisme prétendument incomparables. Chaque fois que j'ai essayé de faire avancer la leçon vers des sujets plus importants, elle insistait pour que je lui parle encore de Calenhad : comment les Féreldiens racontent que sa chevelure était deux fois plus jaune que le soleil, et que son menton était plus précisément taillé que le plus haut pic des Dorsales de Givre. Par deux fois maintenant, j'ai dû retirer des dessins qu'elle avait punaisés au mur de sa chambre : ils représentaient cet homme torse nu.

Ensuite, nous sommes passés aux loups-garous, et c'était encore pire. Comme vous le savez peut-être, les Féreldiens vénèrent les héros populaire Dane et Hafter. On dit que Dane avait été un loup-garou, et que Hafter descendait de l'un d'entre eux. Je ne connais personne ayant un minimum d'éducation qui ressente autre chose pour ces créatures que de la révulsion. Mais vous connaissez les Féreldiens et leur amour de la nature. Malheureusement, ces histoires d'hommes-loups ont attisé l'imagination de la jeune maîtresse. Lorsqu'elle a suggéré que nous montions une pièce pour vous et le Seigneur son père, je n'ai pas pu refuser. Je crains que ce soit pour cette raison que Marchellette courait dans tout le manoir, en portant des fourrures mouillées et en effrayant les femmes de chambre. Elle répétait une scène dans laquelle Hafter repousse les engeances. J'ai appris que, dans toute cette confusion, des biens familiaux inestimables avaient été détruits, et je ne puis exprimer l'étendue de mon désarroi.

Je comprendrais que mon cuisant échec en tant que tuteur ait pour conséquence mon renvoi immédiat.

- Lettre de frère Bernard à son ancienne employeuse.

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Un ravissement morbide

Ma chère Régine :

Vous avez sûrement entendu parler des malheurs des Paget ? Ils ont presque tout perdu. Le Seigneur a fait de mauvais choix et a accordé sa confiance à des gens qui ne la méritaient pas. Il ne leur reste plus que la Maison verte, en Dalatie. Ils doivent la vendre avant de s'installer en ville et m'ont demandé de trouver un acheteur. Vous seriez tellement fière de moi : j'ai largement dépassé les attentes du Seigneur !

J'ai commencé par étudier l'histoire de la maison. Saviez-vous qu'elle a été construite à l'époque des elfes, sur les ruines d'un sanctuaire dédié à Andruil, la déesse de la forêt ? Le coeur du sanctuaire était un autel en pierre gravée qui se trouve maintenant dans le grand hall ; C'est très impressionnant. Tous les nobles de Val Royeaux rêveraient de posséder quelque chose qui a une telle valeur historique. J'ai organisé une fête pour montrer la maison et son autel elfique. Nous l'avons décoré de fleurs et de bougies, et nous avons même fait venir des hahl pour qu'ils broutent dans le jardin. C'était du plus bel effet !


Ensuite, j'ai eu une idée de génie ! Vous vous souvenez de l'époque où Dame Carine s'était prise d'intérêt pour l'histoire des elfes et compatissait aux événements de la Dalatie ? Elle n'arrêtait pas de dire que nous devions entrer en contact avec les esprits agités des elfes, ce qui suscitait l'engouement de toutes ses amies. Eh bien, c'est exactement ce que j'ai fait. Ou du moins, c'est ce que j'ai fait croire aux invités. J'ai eu besoin de l'aide d'un mage, bien entendu, un homme de Montsimmard très discret.

Pendant la fête, j'ai raconté que la maison était hantée par des esprits d'elfes tristes. Tout le monde y a cru. Ils trouvaient cela romantique. Pour la touche finale, j'ai demandé aux invités de se donner la main autour de la pierre elfique et de prier, tandis que le mage (dont je tairai le nom) lançait un sort qui nous a fait danser comme des marionnettes et chanter "Le merle bleu de l'été".

C'était un véritable triomphe ! Les offres ont commencé à pleuvoir ! L'une d'entre elles provenait même d'un représentant de la Grande Duchesse Florianne.

Oh, j'ai tellement de choses à vous raconter. J'ai hâte de rentrer !

Avec tout mon amour,
Ignatius

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Une esclave disparue

Á Tévinter, les esclaves sont invisibles, même si l'Empire tout entier repose sur nos épaules. Ce sont nos mains qui ont érigé les murs de Minrathie et qui ont transporté ses richesses le long de ses routes, qui s'écroulent sous nos pas. Les scribes comme moi écrivent sous la dictée des lettres qui modifient l'équilibre du pouvoir. Ma fille, Léonora, travaille en cuisine et s'active nuit et jour pour s'assurer que la Magister Delphine ne soit pas perturbée par une robe trouée ou par un dîner froid.

Habituellement, je retrouve Léonora du côté des cuisines, mais ça fait plusieurs jours que nos chemins ne se sont pas croisés et que personne ne l'a vue.

Je ne peux pas m'empêcher de penser aux vieilles histoires qui traversent les marchés d'esclaves en un éclair : comment, il y a des siècles, les anciens ont construit leurs cités avec de la magie du sang, en élevant les murs et les tours grâce à de terribles rituels alimentés par nos vies. Des milliers d'esclaves furent sacrifiés tandis que nous étions forcés à monter sur les autels des anciens dieux. Le manoir parfait et couvert de marbre de la Magister Delphine repose certainement sur les épaules de centaines d'elfes muets.

Mais c'était une autre époque. Les paroles d'Andrasté contre la magie du sang ont rendu cette pratique interdite et bannie. Nous pouvons encore être punis, mais peu d'esclaves sont traînés sur l'autel ou vidés de leur sang, sans que leur maître ne soit au moins réprimandé.

Pourtant, Léonora a disparu et on dirait que la Magister Delphine a changé. Elle porte une aura qu'elle n'a jamais eue auparavant, et les rumeurs racontent qu'un rival aigri a été publiquement humilié lors d'un duel de magie. Dans mon chagrin, j'ai peur, car je sais que la vie de ma Léonora en était le prix.

Je brûle de parler à la Magister Delphine comme à un égal, d'exiger des réponses. Mais elle prendrait une telle audience à la blague. Les esclaves sont invisibles.

- Écrit en secret par un esclave scribe. Solvarin Brann, 8:65 des Bontés.

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Une question de noix

Plusieurs mois après la mort de Clémence II, des rumeurs prétendant qu'elle était un homme déguisé en femme commencèrent à circuler à Val Royeaux. La source du ragot fut remontée jusqu'à une certaine soeur Constance, qui était présente lorsque la dépouille de la Divine fut préparée pour ses funérailles. Constance avait un faible pour le vin d'orge, et elle aurait fait cette confidence indélicate à un aubergiste après en avoir ingurgité une quantité déraisonnable.

La Révérende mère Estelle mit un terme aux rumeurs en déclarant qu'elle avait elle aussi préparé le corps de la Divine pour sa crémation, et qu'elle pouvait assurer que Clémence II était une femme. Elle ajouta d'ailleurs que soeur Constance avait mal interprété la scène : ce qu'elle a vu était en fait un écureuil facétieux qui s'était introduit par une fenêtre ouverte et s'était assis juste entre les jambes de feu Sa Sainteté.

- Extrait de Secrets de Sa Sainteté de soeur Damson

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Vallasdahlen

Les elfes ont leurs héros, tous comme nous. Ils honorent les Vallasdahlen, ou arbres de vie, de ces personnages légendaires. Plantés à la mémoire de ceux qui ont consacré leur vie au royaume de Dalatie, ces arbres ont fini par former un grand bois, symbole de la force des elfes au sommet de leur gloire.

Marchez entre les Vallasdahlen avec déférence, en vous rappelant que chacun d'entre eux possédait autrefois un nom.

- Extrait de A la poursuite du savoir : pérégrinations d'un érudit chantriste de frère Génitivi.

Les Dalatiens pensent que Mathalin fut le premier des Chevaliers d'émeraude et le premier à brandir Evanura, la lame d'honneur, forgée pour lui à Halamshiral.

Tanaleth était forgeronne et la haute Archiviste de June. Elle passa sa vie à redécouvrir les arts d'Arlathann.

Briathos protégea la Dalatie des incursions humaines. Quand les humains envoyèrent des missionnaires et des templiers, il les repoussa.

Vaharel conquit la cité humaine de Montsimmard.

LindiranÆ fut la dernière à porter l'épée Evanura. Avec sa disparition, la Dalatie tomba et l'épée fut perdue.

Les Dalatiens vénèrent Elnora pour les efforts incessants qu'elle fournit afin de faire revivre les arts magiques de l'Arlathann disparue.

Ralafeïrin était un grand Seigneur elfe d'Halamshiral. Les membres du clan Ralafeïrin de notre époque prétendent être ses descendants.

Calhar était le premier disciple d'Elnora et un ami des hahl.

Sulan était l'écuyer de Mathalin. Il se déplaçait toujours avec un loup à ses côtés.

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Voiles dans la brume : Fantômes oniriques

La fin du monde n'eut pas lieu cette nuit-là. Au matin, je découvris en me levant que la lueur verte illuminait toujours le ciel de façon bien visible pour nous, alors même que le soleil dardait ses rayons au-dessus. L'équipage ne parlait que de cela. Il y avait tant de questions, et aucune réponse à y apporter avant d'accoster en Antiva.

A partir de ce moment, les choses prirent une tournure de plus en plus étrange.

Au crépuscule, je me retrouvai à nouveau sur le pont, car j'avais compris que seul l'air frais pouvait m'épargner le mal de mer. Je laissais mon esprit vagabonder. Le livre que je lisais m'avait empli la tête d'étranges contes au sujet des choses vues en mer. C'est alors que je vis la lumière qui flottait au-dessus de l'eau en vacillant comme la flamme d'une bougie, de la même nuance de vert que nous avions vue dans le ciel la nuit précédente. Soudain, une nappe de brume en sortit et s'étendit vers le Lys des mers. Des voiles blanches et une proue en dépassaient et se dirigeaient droit sur nous. Il me fallut rassembler toutes mes forces pour arriver à faire sortir un son de ma gorge, mais je parvins à héler la vigie.

"Regardez !" m'écriai-je en indiquant le phénomène. Les guetteurs écarquillèrent les yeux et sonnèrent la cloche. L'appel arriva au timonier : "Virez de bord !" A tribord toute !"

Le navire décrivit une courbe qui nous permit d'éviter de justesse l'autre vaisseau qui approchait dans la brume. Je n'oublierai jamais ce que je vis ensuite : des visages sifflants, certains entourés de flammes, d'autres de fumée, avec des trous noirs à la places des yeux et des rangées de dents acérées. Ils étaient partout, sur les ponts, dans le gréement. Effrayé, je tombai à la renverse, et je dus perdre connaissance.

Quand je revins à moi, je vis le timonier penché au-dessus de moi, le visage blême. Nous savions tous deux ce que nous avions vu. C'était le "Marchéen taille-vent", une légende devenue réalité.

- Extrait du témoignage de Vierre Lazar de Treviso, qui serait un Corbeau Antivan à la retraite.

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Voiles dans la brume : Le Marchéen taille-vent

L'histoire du "Marchéen taille-vent" est très ancienne, les premières versions de ce récit apparaissent dès l'Ère des Exaltés. On raconte qu'il s'agissait d'un brick à deux mâts, parti d'Antiva avec une cargaison à destination des Marches Libres. Mais le "Marchéen" disparue dans une tempête et n'arriva jamais au port.

Des semaines plus tard, il est repéré sur la Mer d'Écume, au large de Kirkwall. Une sentinelle de la Hauteville le voit flotter sans la brume, les voiles gonflées malgré l'absence de vent. On envoie des bateaux, mais aussi loin qu'ils aillent en mer, ils ne parviennent pas à atteindre le "Marchéen". Le navire finit par s'éloigner dans la brume et disparaît. Depuis ce jour, les marins de la Mer d'Écume l'aperçoivent parfois, toujours à travers la brume et avant une tempête, et l'on dit qu'il annonce une mort violente à tous ceux qui le voient.

Bien sûr, la légende du "Marchéen taille-vent" est souvent considérée comme une superstition, et ces dernières années, il a été prouvé que les apparitions de vaisseaux fantomatiques n'étaient rien de plus qu'un mirage sur l'eau. Mais on raconte toujours cette histoire, pour provoquer frissons, amusement ou même excitation. Par conséquent, le récit est devenu de plus en plus sensationnel au fil du temps. Dans de nombreuses versions tardives, le "Marchéen" est occupé par un équipage d'esprits d'une beauté à couper le souffle, capables de satisfaire les désirs (charnels) les plus profonds de ceux qui parviennent à monter à bord. Dans une adaptation particulièrement étrange de ces versions, le "Marchéen" part pour un périple désastreux dans le but de dérober la recette secrète de la bière des Qunari, et disparaît sous le feu de leurs canons. Il réapparaît ensuite à d'importants moments de l'histoire de Thédas, et enlève des personnages légendaires (dont Andrasté) qui se regroupent ensuite à bord du vaisseau fantôme pour attaquer Par Vollen.

- Extrait de Thédas : Mythes et légendes de frère Ferdinand Génitivi.

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Voiles dans la brume : Un ciel déchiré

Nous prîmes la mer à Kirkwall avec un bon vent et sous un ciel dégagé. Le capitaine disait que nous serions à Rialto en moins d'une semaine si le temps se maintenait. Je passai la journée sur le pont, à discuter avec l'équipage, et me retirai dans ma cabine au crépuscule. Á mon grand désarroi, la houle me rendait toute détente impossible. Il m'était même difficile de lire, bien que le livre de mythes et légendes que j'avais emporté fût particulièrement captivant. Je sortis sur le pont plusieurs heures plus tard, une fois la nuit tombée, dans l'espoir que la fraîcheur de l'air me soulage quelque peu.

En m'appuyant au bastingage, j'entendis un cri d'alerte en provenance de la vigie. Je levai la tête et vis au loin, dans le ciel du sud-ouest, une sinistre lueur verte, qui s'intensifiait sous nos regards ébahis. En un instant, elle devint trop éblouissante pour nos yeux et je dus me les couvrir de la main. Quand je pus à nouveau regarder, la lumière était toujours là, au milieu d'un tourbillon de nuages. Il me sembla alors que le ciel avait été déchiré et que l'au-delà s'en échappait.

J'entendis des pas, et bientôt tout l'équipage me rejoignit au bastingage. Nous gardions le silence ; nous avions tous peur d'exprimer les craintes qui nous étreignaient le coeur. Au bout de plusieurs minutes, une voix finit par tomber de la vigie : "C'est la fin du monde".

- Extrait du témoignage de Vierre Lazar de Treviso, qui serait un Corbeau Antivan à la retraite.

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Whisky sombre, vin rituel, bière du conscrit

Ces alcools, qui ne sont peut-être consommés que par quelques compagnies de Garde des Ombres, sont le reflet d'une habitude – ou d'une légende – née d'une nécessité. Usant de leur droit à saisir tout ce qui peut les aider dans leur quête, ils n'hésitent pas à mélanger des fonds de bouteilles pour alléger leur paquetage. Jamais vraiment vidé, ou même nettoyé, chacun de ces flacons finit par développer des arômes persistants aussi uniques que le Garde qui le transporte. "Qu'est-ce que ça change ? Le plus dur, c'est la première gorgée". Si cette affirmation tient plus de l'hommage qu'autre chose, ces contenants semblent bien souvent survivre à leurs porteurs.
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Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Korenic. Notes de fruits rouges et de colère".

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Anras. Une pointe de fantaisie en bouteille.

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Gibbins. Pas touche ! J'ai craché dedans ! Vous êtes prévenus !"

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Tontiv. Mal du pays".

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Riordan. Servez-vous".

Une bouteille sur laquelle est écrite : "Cru : Garde Daedalam. Rouge extra".

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Jairn. Merci de l'enterrer avec moi".

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Eval"lal. Bière de l'Aile du griffon".

Si Carver est devenu Garde des Ombre :

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Carver Hawke. Qu'ils aillent tous en enfer !"

Si Bethany est devenue Garde des Ombres :

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Bethany Hawke. Pisse de princesse".

Si ni Carver, ni Bethany, n'est devenu Garde des Ombres :

Une bouteille sur laquelle est écrit : "Cru : Garde Steed. Liqueur d'Union.

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Éclat de bleu

Bruit de la pluie sur les feuilles, sous un ciel gris plombé.
Éclat de bleu renié. Mais il ne pouvait rester.

Il sentait son sang se troubler
Et ses rêves, presque à l'étouffer.
Dans son coeur résonnait l'appel.
Et plus qu'une route à prendre, si belle.

Bruit de la pluie sur les feuilles, sous un ciel gris plombé.
Éclat de bleu renié. Mais il ne pouvait rester.

"Tu vois comme la pluie a lavé
Les larmes que tu laissais couler ?
Les ténèbres ont beau m'appeler,
Nous mourons tous, ça tu le sais".

Bruit de la pluie sur les feuilles, sous un ciel gris plombé.
Éclat de bleu renié. Mais il ne pouvait rester.

Le voici enfin arrivé
Là où tant avaient mis le pied.
Jette au monde un dernier coup d'oeil
Avant de franchir l'ultime seuil.

Bruit de la pluie sur les feuilles, sous un ciel gris plombé.
Éclat de bleu renié. Mais il ne pouvait rester.

Maison dans la plaine, oiseaux dans le ciel infini.
Elle lui chante les souvenirs du temps d'avant la pluie.

Entendez-nous, douce Andrasté,
Car nous allons vers le même lieu.
Avant que notre âme n'ait sombré
Voyons donc cet éclat de bleu.

Bruit de la pluie sur les feuilles, sous un ciel gris plombé.
Éclat de bleu renié. Mais il ne pouvait rester.

- Paroles d'une chanson, griffonnées sur une feuille volante, auteur inconnu.

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État du champ de bataille

Cela semble un coup du sort bien amer de découvrir que la moitié de Thédas ne considère absolument pas ma terre natale comme une nation. Les cartes Qunari incluent l'île dans leur territoire, sans la moindre ambiguïté. Enfin, je ne peux que le supposer, car toutes les îles de l'océan de Boéric entrent naturellement sous leur contrôle. De leur côté, les cartes Tévintides indiquent encore fièrement que l'île toute entière appartient à l'Empire, même si, hormis quelques petites poches de résistance, le contrôle de l'Empire est quelque peu fictif et change dès que les Qunari accordent à nouveau leur attention à la zone.

Les rapports impériaux parlent de "guerriers de la brume", comme si nous étions des bêtes, valant à peine mieux que des engeances ou des dragons. "Élément dangereux de la nature, à éviter ou à éliminer, mais finalement pas très important". Ce genre de phrase me met hors de moi. S'il y a bien une terre qui a été façonnée par la guerre, c'est la nôtre. L'Empire Tévintide est venu il y a fort longtemps et, après des siècles de tentatives infructueuses pour faire de nous des citoyens impériaux obéissants, les Qunari sont venus à leur tour. Ils ont conquis Séhéron et essayé de nous convertir. Aucun de ces deux camps n'a réussi à prendre notre liberté. Et bien que les combats sanglants successifs aient réduit nos anciens halls de sagesse en miettes, nous rêvons toujours de la terre d'autrefois.

Les danseurs de la brume qui voyagent avec chaque groupe de guerriers les divertissent en leur racontant les anciennes légendes et font perdurer les chants de notre peuple. Ils racontent que les griffons des Gardes des Ombres venaient de Séhéron. Ils nous parlent de l'ancienne malédiction de Nahar qui a apporté la brume, et de la promesse qu'elle se lèvera un jour. Ils évoquent la Marche des quatre vents, le peuple oublié qui a fui dans les îles du nord et les grands héros qui ont bénéficié du savoir des elfes.

Ces vieilles histoires disent-elles vrai ? Nous ne le saurons peut-être jamais. Tout ce qu'il restait du passé de Séhéron a désormais disparu. Mais je sais qu'un jour, nous ressusciterons ce passé.

- Extrait de Une terre de brume de frère Ashor Vell.

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Merci à Camille qui nous a permis de copier les codex qui manquaient à partir de son joli pdf :)
vous pouvez vous le procurer ici : Les archives de l'Inquisition.

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